Milan, c’est long

Surtout vers la fin.

C’est l’histoire d’un supporter de l’AC Milan, du LHC, des Dallas Stars ou encore de Chelsea féminin. Non seulement les dernières nommées ont cédé leur couronne nationale pour la première fois en sept ans et ne rallieront pas Wembley à la fin du mois pour la deuxième fois en six ans, mais les Texans se sont lamentablement pris les éperons dans le tapis du premier tour des playoffs contre une équipe presque aussi imbuvable que Gottéron (qui a d’ailleurs remporté un titre sur un malentendu, le saviez-vous ?), les Vaudois ont transformé un Acte imperdable en une série offerte à l’ennemi et les Rossoneri sont en train de perdre le peu de crédibilité qu’ils avaient presque retrouvé en vendangeant leur fin de saison pendant que l’Inter célèbre un 21e scudetto (et le doublé dans la foulée). Comme les saisons de hockey et de foot féminin sont définitivement terminées ou presque, on a décidé de resserrer encore un peu le cilice qu’est cet exercice 2025/2026 misérable autour de notre passion vacillante et d’aller faire nos adieux à San Siro (et probablement aux notions de victoire et de plaisir).

Bref, tous nos clubs de cœur, tous sports confondus, ont ramené… la League Cup féminine en tout et pour tout en 2025/2026 (et un titre de deuxième division en hockey féminin ainsi qu’un scudetto féminin U19 – oui, ça compte). Fun times. Dans ce contexte, une qualification du Diavolo au forceps pour la Conference League constituerait presque une victoire. Spoiler alert: ils ont fait beaucoup mieux que ça !

Le match en deux mots

Défaite honorable.

Non, franchement. Le 16e de Serie A fait le long voyage de Sardaigne après avoir sauvé sa peau en première division de haute lutte, la moindre des choses est de lui opposer un 3-5-2 en possession (officiellement) ou plutôt un 5-3-2 sans le ballon (en réalité la plupart du temps) ultradéfensif et prier pour un résultat positif après avoir ouvert le score sur un malentendu (Alexis Saelemaekers, 2e minute). À 38 minutes près c’était bon.

Le geste technique favori d’Allegri: la passe en retrait. De quoi en rendre plus d’un aigri, à défaut d’être allègre.

L’homme du match

Max Allegri. Le coach toscan (enfin on a entendu dire qu’il était coach jusqu’aux alentours de 2011) a fait tout juste dimanche soir à San Siro. Introduire Ardon Jashari comme chef d’orchestre au milieu en lieu et place d’un Luka Modrić pourtant à nouveau disponible sur le banc après sa double fracture de la pommette – alors que chacun sait qu’à partir du moment où la pompe aortique du génie croate émet des battements il devrait être préféré au fantôme de Cham – était son premier coup de maître de la soirée. On évitera de commenter les titularisations de Santiago Giménez (a-t-il touché le ballon depuis son assist initial ?) et Christopher Nkunku au détriment des décriés mais possesseurs de 25% du talent de l’équipe (le reste appartient à Mike Maignan et Adrien Rabiot pour 25% et Modrić pour le reste) Christian Pulisic et Rafa Leão, on essaie d’éviter les ulcères à ce moment de l’année.

Quant à machin, même s’ils étaient quatre ça ne suffirait pas à effleurer le niveau d’un papable pour la Champions League.

La buse du match

Joker. Même en écoutant les abonnés sexagénaires assis autour de nous qui ont passé 95 minutes à se plaindre de tout (à raison), on n’arrive pas à départager les membres du troupeau de chèvres en transhumance (ou était-ce la désalpe ?) sur la pelouse de San Siro. On a tout d’abord pensé à Youssouf Fofana, proprement insulté à au moins 17 reprises par le deuxième anneau rouge du stade sur lequel nous nous trouvions, puis à Jashari (« où diable l’ont-ils trouvé celui-là ? » [là on s’est fait tout petit]), avant que les pieds carrés de Niclas Füllkrug nous fassent beaucoup hésiter. On va plutôt vous dire qui on sauverait du naufrage si on était le nouveau directeur sportif en charge de tout révolutionner cet été: Maignan, Rabiot, Modrić, Davide Bartesaghi (médiocre dimanche, mais il est jeune et il est lombard, donnons-lui une chance), Strahinja Pavlović (nul dimanche, mais son attitude nous plaît assez d’habitude), Leão (oui, on sait, on pourrait se faire lapider sur la place du Dôme pour avoir écrit ça) et (à la rigueur) Pulisic. Mention « pourquoi pas s’il faut vraiment » pour Zachary Athekame qui a réussi une entrée intéressante (mais on a bien peur que ce terme ne puisse être utilisé qu’en comparaison avec les performances scandaleuses de la plupart de ses coéquipiers). En ce qui concerne le reste de l’escouade: rail, goudron, plumes et via.

Malgré la présence de Modrić dès la 62e minute, le spectacle était tout sauf « pretty ».

Le tournant du match

Le moment où Milan, tout surpris d’avoir marqué, s’est replié sur lui-même et n’a plus rien tenté pour préserver le score. Quand vous jouez à domicile contre un Cagliari démobilisé, que votre stade est plein à craquer (74’593 personnes), que vous jouez une qualification inespérée pour la prochaine Champions League et qu’il reste… 88 minutes dans le temps réglementaire, c’est effectivement une riche idée. Ce n’est pas Gennaro Borrelli (1-1, 20e) et Juan Rodríguez (1-2, 57e) qui diront le contraire.

L’aVARie qui aurait pu coûter le match

Les échauffourées en marge du Juve-Torino qui devait commencer à la même heure et qui a finalement été retardé de 60 minutes. À Milan, on a semblé d’abord vouloir attendre pour rester synchronisés avant de tout de même donner le coup d’envoi aux environs de 20h55. On ne connaissait pas encore la raison de ces tergiversations à ce moment-là, mais on préfère de loin la théorie de notre voisin à la vérité: « C’est les fuseaux horaires ! Il y a 5 minutes de décalage avec Vérone ! »

Le chiffre à la con

3. C’est le nombre de dirigeants virés séance tenante par le propriétaire américain Gerry Cardinale le lendemain de la défaite. Giorgio Furlani (CEO), Geoffrey Moncada (directeur technique) et le bien nommé Igli Tare (directeur sportif) ont fait leurs valises. Allegri pourrait assez vite les suivre. Dommage que Cardinale, malgré son patronyme aux origines transalpines, n’ait manifestement pas compris le chant sempiternel des tifosi de la Curva Sud: « Cardinale, devi vendere, vattene, vattene ! » (« Cardinale, tu dois vendre, va-t-en, va-t-en ! »), encore entonné dimanche soir entre deux bordées de sifflets.

Le pouvoir performatif du flocage de maillot a donc parfaitement fonctionné.

L’anecdote

Comme souvent lors d’un week-end prolongé, le stade milanais était composé de trois types de supporters: les habitués locaux, les touristes milanistes qui se déplacent une à deux fois par année pour un match (nous) et les purs touristes dont la présence du jour s’apparentait à une visite de monument bien noté sur TripAdvisor vêtus du nouveau maillot de la saison 26/27 flambant neuf. Ces derniers risquent de ne pas revenir…

Les habitués savent quoi faire pour sauver leurs miches.

Et sinon dans les tribunes ?

Les mots « cazzo », « coglione », « vaffanculo » et autres joyeusetés ont eu 95 minutes de gloire, entrecoupées de huées à la pause et au coup de sifflet final. La destruction du mythique stade Giuseppe Meazza est annoncée de longue date et on peut probablement dire qu’elle a officiellement débuté en ce 24 mai 2026. Blague à part, on adore cette enceinte, mais c’est peut-être quand même le moment de changer. Entre la claustrophobie extrême qui peut vous envahir au moment de traverser une coursive aussi étroite que l’esprit d’un initiant UDC si vous arrivez un poil en retard ou l’espace aussi restreint que la marge de manœuvre qui reste à un climatosceptique en cette fin de mois de mai aux airs de juillet en enfer entre les rangs qui vous conduit à encastrer votre nuque dans le genou de votre voisin de derrière (ou vice versa pour celui de devant) si vous bougez de 5 centimètres pour soulager votre début de mal de dos et de fessiers causé par des sièges qui semblent ne pas avoir été restaurés depuis 1926 contrairement au reste du bâtiment.

La vue reste toutefois excessivement belle.

La minute Johan Djourou

« Nous avons fait tout notre possible, je ne peux rien reprocher aux gars. » Signé Allegri au micro de DAZN. Quand tu vis dans un monde parallèle, tout débat est dénué de sens. Voilà qui nous rappelle notre initiant UDC et notre climatosceptique (une seule et même personne ?) cités plus haut, tiens.

La rétrospective du prochain match

Des matches estivaux à la con en Australie et en Indonésie contre l’Inter et Chelsea. Il fallait bien que les Italiens participent à l’effort d’assassinat du football dans des pays sans culture du jeu à grands coups d’empreinte carbone d’une manière ou d’une autre cet été, non ?

A propos Raphaël Iberg 260 Articles
"Chaque matin on prend la plume parce que l'on ne peut plus faire autrement sous peine de malaise, d'inquiétude et de remords." Maurice Leblanc

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