Bon petit match d’après-midi entre deux sélections à mi-régime
Le match en deux mots
Pote âgé.
L’homme du match
Cristiano Ronaldo. Pas pour son match. Un boulot de centre-avant, deux-trois occases, le genre que tu salues sans problème de la part d’un non-cador. Sur les deux centres courts en deuxième mi-temps, il est à ça. Et puis il bosse face à une défense qui sait ce qu’elle fait et qui le tient.
Mais pour cette obsession brise-nouilles des commentateurs sans inspiration qui parlent de lui tout le match. Il est trop âgé. Il est pas à la hauteur. Mais bon il pourrait bien marquer quand même. Ou alors non. Ah il grimace. Ah ben non, c’était une mouche. Mais il est quand même pas très présent présent. Mais il devrait l’être plus, hein, mon bon Michel ? Et puis tout à coup il pourrait marquer. Bref.
On a deux équipes qui créent des stratégies, qui changent leur dispositif, des joueurs qui découvrent le dispositif adverse et qui varient leurs tentatives, tout cela est intéressant. Mais non. Y a Cristiano Ronaldo alors on le regarde et on parle de lui. Groupies de sansonnet.
La dinde du match
Roberto Martinez, sélectionneur espagnol du Portugal. Taxé d’entêtement pour faire jouer des vétérans. Accusé de produire un jeu daté. Il a fait jouer des vétérans. Et produit un jeu daté.
Et puis il a une tête de dinde. Cuite.
L’esthète du match
Noah Sadiki. République-démocratique-congolais de Bruxelles, entré en jeu en deuxième mi-temps.
J’aime ce type comme j’aime tous les joueurs et tous les supporters de Sunderland AFC.
L’aventure romanesque de cette ville moquée. De ce club qui convoque Netflix il y a dix ans pour faire une série en immersion sur sa saison. Et descend d’une ligue sous les caméras qui captent tous les drames, les tristesses, les détresses.
Veut une deuxième saison de la série pour filmer la remontée. Et descend encore, en troisième division.
Pour être finalement rachetée par un Zurichois, probablement niveau prophète à Football Manager.
Qui parvient à remonter en deuxième division, puis en première. Achète Granit Xhaka et lui file les clés. Lui joint des joueurs compatibles, dont l’extraordinaire Sadiki à ses côtés.
Et accroche une place européenne en Premier League la saison de son retour. Ça vaut Shakespeare, Agatha Christie et les Pique-Meurons, niveau intrigue.
Le moment MAGA du match
À l’entrée sur le terrain, certains joueurs portent des manches longues. Je vois des chandails. Y fait 20 à Houston. 20 ? Ouais, rapport au fait que le stade est climatisé. Bien sûr.
Le point commun entre les deux équipes
L’Angola. La colonie de l’un, le voisin de l’autre.
Le chiffre à la con
8. Le nombre d’équipes africaines au Mondial dont le surnom est un animal. Des tas de lions, des éléphants, des aigles, des léopards, des fennecs, etc.
L’animalisation est une manifestation du racisme colonial. Elle participe à la déshumanisation et à la construction d’une hiérarchie entre les groupes humains.
Je sais ça casse l’ambiance. Mais écoute bien le nombre de fois où les équipes des anciennes colonies sont nommées par leur animal-totem et dis-moi si c’est cool.
L’anecdote
La larme à mon oeil en voyant entrer CR7 (qui a les mêmes initiales que carton-rouge) sur le gazon texan.
Et en me rappelant comment il nous avait fait danser le jerk en 2008 à Neuchâtel avec ses potes. Camp de base du Portugal pour l’Euro. L’hôtel Beau-Rivage. Les retours de match au milieu de la nuit, en cortège derrière le bus de l’équipe. Des tas de monde sur les trottoirs qui gueulaient. Un lâcher-prise, une fête populaire neuchâteloise autour des portugais d’entre nous. Il y a 18 ans, bon sang.
Y a des mômes nés ces nuits-là, d’amours improvistes entre un hurlu et une berlue célébrant la sélection portugaise qui sont majeurs. Merde.
Si le match avait été une junk food
Du foot propre, pas du génie. Un bretzel au beurre sortant du four.
La minute Léonard Thurre
Gnagnagna Cristiano Ronaldo. Gnagnagna il est vieux. Gnagnagna il faut pas le faire jouer.
Le pronostic d’avant-match selon l’indice EPSTEIN (Epic Post-apocalyptic Soccer Tournament Enormous Index, North america)
Proches à l’indice. Proches au résultat. On a bon.



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