La Croatie championne du monde ? Zagreb les yeux

Conviés pour le match d’ouverture à Sao Paulo, les Croates vont sans doute vouloir prouver que la danse, ils l’ont aussi dans le sang. Ainsi on s’attend à découvrir leur fameuse ronde de Vrlika, exécutée sur base de sautillements grotesques et ce, sans accompagnement musical. Une analogie austère qui sied à merveille au football croate qui s’est «hellénisé» depuis plus d’une année et qui ne devrait pas peser lourd face aux tripatouilleurs de maracas et autres chocalhos. Alors on danse ?

1) Pourquoi ai-je choisi de présenter ce pays ?A cette question, je pourrais vous déblatérer des banalités dignes d’un Christophe Darbellay en quête de voix, et bien que non ! En fait, j’ai hérité de la Croatie car personne n’était disponible dans la rédac. Donc il ne restait plus que le bobatzon du coin pour se farcir les Dalmatiens de l’Adriatique, plus connus dans les cieux footballistiques comme les Damiers Rouges ou pour ceux qui maitrisent le croate, la Hrvatska. Un choix «subi» du matricule 20 au classement de la FIFA, pourtant de loin pas inintéressant considérant l’éternel rôle de challenger endossé par la Croatie en Coupe du Monde et l’attrait non-négligeable de leurs cohortes de supportrices.
2) A quoi sert ce pays ?
D’après mes recherches assez poussées (Wikipedia), la Croatie a contribué autant au patrimoine culturel mondial que Bernie Constantin à la chanson française. Jugez sur pièce : l’architecture de la Maison Blanche ne serait rien sans les pierres blanches volées par les Yankees sur l’ile de Brac. Les mannequins de chez Versace seraient orphelins sans leurs cravates (dérivé de croat) inventées sur les rives de la Sava et finalement les amateurs de toutous auraient été privés de leurs énigmatiques Dalmatiens aux 101 taches.
Ayant fait leurs preuves en architecture, mode et cynologie, les Croates pouvaient désormais s’adonner au football et exceller en la matière (comme l’illustre leur fantasmagorique progression au classement de la FIFA entre 1994 et 1999, de la 125ème place à la 3ème). Pour situer l’exploit, c’est un peu comme si je vous disais que le Burundi (actuel 125ème au baromètre de Sepp) finirait en demi-finale de la CM en Russie. Loin de moi de vouloir dénigrer le football burundais, mais la génération dorée des Suker et Boban, ça en jette un peu plus que les Ndikumana et autre Nzohabonayo. Croatie 1 – Burundi 0.

3) Comment se sont-ils qualifiés et surtout pourquoi ?
Cette huitième participation (sur dix) à un tournoi officiel fut arrachée chichement au forceps islandais par des Croates, ces derniers s’étant trop rapidement vus plus beaux qu’un Daniel Brélaz après une séance au fitness club Migros. En effet, malgré un départ tonitruant (six matchs, seize points) dans un groupe emmené à la trique par les Manneken-Pis boys et les sympathiques voisins serbes, les coéquipiers de Simunić se chopèrent un double coup de gourdin écossais à la mi-2013, ce qui les relégua fissa dans les douloureux play-offs européens. Toutefois, grands amateurs d’ambiances volcaniques et de matchs qui sentent le souffre, les Croates allaient être servis en retrouvant les Vikingson comme ultime barrière sur leur route brésilienne. Après un bon nul du coté de Reykjavik à l’aller (merci au gardien), les Srna et Mandzukić firent parler leur expérience face aux Sigurdson & Co trop peu habitués à rivaliser à ce niveau du foot européen.
4) Pourquoi vont-ils gagner la Coupe du Monde ?
L’équipe de Niko Kovać débarque au Brésil avec une tonne d’expérience au compteur. Avec les Srna, Pletikosa et autre Olić, la Croatie compte déjà plus de 300 sélections en matchs internationaux dans ses rangs (il n’y a bien que la Suisse qui puisse se permettre de laisser ses routiniers Grichting et Streller à la maison… lamentable). Si, à ce trio de vieux routiers, on ajoute les nouvelles pousses que sont Kovačić et Vrsaljko, on pourrait éventuellement commencer à construire des probabilités alambiquées pour justifier comment le capitaine Srna tripotera la Jules Rimet au Maracana. A 170 contre 1 chez un bookmaker anglais, libre à vous de placer vos économies sur la Croatie, mais moi je garde mes 3 balles pour me payer un Sinalco.
5) Pourquoi vont-ils se faire éliminer au premier tour ?
Parce que battre le Brésil sans Mandžukić, ça va pas le faire mais surtout parce que cela fait 24 ans qu’on attend de revoir une «Roger Milla» autour d’un poteau de corner. Alors, messieurs Eto’o ou Olinga, lâchez-vous face à la Croatie et faites revivre aux jeunes qui n’étaient pas nés en 1990 le déhanchement suave de papy Milla après son but contre la Colombie.
6) Qui sont les joueurs à surveiller ?
Le «fox in the box» (Mandžukić) et le Zubi local (Pletikosa) pourront peut-être constituer les fers de lance les moins éméchés de l’équipe au damier rouge. Toutefois, le millésime de prosek concocté par l’équipe croate dépendra de la forme de Luka Modrić. En effet, le Madrilène possède une telle vista qu’il peut rapidement changer d’angle d’attaque et délivrer des passes dans des espaces où même une souris anorexique n’oserait pas s’engouffrer.
Sinon, nos sources auprès du quotidien de Zagreb (le Diviser) nous ont susurré qu’à juste 18 ans révolus, Allen Halilović serait assurément le prochain Prosinečki croate. Un tuyau qui n’est certainement pas percé car ces mêmes informateurs auraient aperçu le Piper à CC sur le tarmac zagrébien. Quand on connait le nez du Gaudi de Martigny pour dénicher les futures pépites du rectangle vert (Zambrella, Ketkeophomphone…), on se dit qu’Halilovic doit être un sacré espoir.
7) Qui sont les joueurs à ne pas surveiller, mais dont on peut éventuellement se moquer ?
On pourrait s’arrêter sur le cas Simunić, l’homme aux trois cartons jaunes durant un même match de CM. Fort de son aura, le défenseur croate s’est récemment illustré dans la version croate de The Voice (en live du Zagreb Stadion), une performance qui lui valut 10 matchs de suspension, octroyés avec mention par les Pères Fouettards de la FIFA.
Et puis, si le prosek tourne au vinaigre sous le soleil brésilien, on pourra toujours se moquer sans encombre d’Ivan Rakitić. Né en Argovie, éduqué à Bâle, coucouné par le FCB puis chouchouté durant 18 matchs en sélection suisse des moins de 17 puis 19 ans, Ivan le pas terrible décida de sortir un bon doigt d’honneur à la Suisse en lui préférant le maillot de la Croatie, son pays d’origine (dixit). «Mon cœur voulait être en Suisse mais ma tête pensait différemment et à la fin j’ai suivi mon cœur… donc la Croatie». C’est clair, ou bien ?

8) Une bonne raison de les supporter ?
Branka Bebic, Ana Tanic, Stanija Dobrojevic (ça c’est le travail de recherche qui paie !). Sinon, à moins d’être joueur d’échec daltonien ou cruciverbiste, je ne vois pas.
9) Une bonne raison de ne pas les supporter ?
Vous vous souvenez peut-être des charmantes demoiselles (voir ci-dessus) emmaillotées dans un alléchant échiquier rouge-gorge lors de l’Euro en Suisse. Désormais ces affriolantes créatures ont été remplacées dans les tribunes croates par des énergumènes au comportement si animalier qu’ils arriveraient à faire passer les supporters de Millwall pour des bisounours. Osons le dire ici, certains fans de la Hrvatska ont ouvertement basculé dans un racisme des plus nauséabonds. Attrapé par les Colombo de la FIFA à entonner un cantique nationaliste intitulé «allons tuer quelques Serbes», Simunić passera justement son été à réfléchir devant sa télé. Toutefois, dans cette affaire la FIFA a fait ce qu’elle sait faire de mieux : serrer les fesses face à la «puissante» Fédération croate de football présidée par l’intouchable Suker tout en se dédouanant sous prétexte d’une amende potiche.
10) Bon d’accord, mais sinon ?
Bien qu’estimée à 183 millions d’euros par la très sérieuse publication brésilienne Valor, l’équipe de Croatie va ramer sec au Brésil et certainement s’échouer sur un banc de sable inhospitalier. Mais au lieu de parler fric pour terminer cette présentation, je vous laisserai plutôt méditer cette citation d’un philosophe croate disparu trop tôt : «Si tu trempes un doigt dans la mer, tu touches le monde entier», ou comme on dit en Valais : «Un jour, les Valaisans domineront le monde. Mais pas demain, y’a apéro».
Photos Pascal Muller, copyright EQ Images

A propos Paul Carruzzo 236 Articles
Elle est pas un peu belle notre Nati et tout le bonheur qu’elle nous amène ? Alors, Rickli et compagnie, si vous ne vibrez pas devant cette équipe, vous n’êtes pas non plus monstrement obligés de regarder. Profitez d’un bon match de hornus et foutez la paix à nos joueurs, qui comme vous, ont un joli passeport rouge à croix blanche.

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6 Commentaires

  1. DS y peut y avoir des fautes et tu trouves ça quand même puissant !!!! heheheh tu es un grand comique toi même. Serai si heureuse de te lire…

  2. ….ils arriveraient à faire passer les supporters de Millwall pour des bisounours…

    Mdr, excellent !

    Bon, je vais aller de ce pas boire l’apéro avec un Valesco.

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