Clubbing : Le guide du championnat d’Irlande

Alors que la saison footballistique 2021-2022 a tiré sa révérence, que les divers championnats ont touché à leur fin et que les grandes compétitions européennes ont livré leur pas très surprenant verdict, il existe un autre football, un peu naze, mais dont la saison bat son plein. C’est dans un pays qui est sportivement plus renommé pour son rugby que pour son football que Clubbing t’entraîne ce mois-ci.

Le format

Absolument le même que la bonne vieille Super League… enfin plus pour longtemps. Ça fonctionne aussi pour la relégation et le barragiste. Seule différence notable, on joue sur une année civile, de février à novembre. Étant donné qu’aucun joueur de cette ligue ne peut décemment espérer jouer une compétition tel que l’Euro ou la Coupe du Monde, cela fait sens. Le revers de la médaille est que le champion (connu au mois de novembre) doit attendre neuf mois avant de se faire éliminer par un club estonien en tour préliminaire de pré-playoff de Champions League. Oui, si pour toi la Ligue des Champions ce sont des Bayern-City et des PSG-Real, pour les clubs irlandais ce sont des déplacements en plein mois de juillet en Lituanie ou en Islande pour pouvoir espérer un gros club au prochain tour : Young Boys. Le topo est plus ou moins le même en Europa League Conference League. Les clubs irlandais ne participent même plus à l’Europa League mais uniquement à la Conference League, une ligue créée spécialement pour les petits pays où la finale oppose des clubs issus de petits pays de football à savoir l’Italie et les Pays-Bas.

La compétition

Un championnat au niveau qui n’est pas ouf, on ne va pas se le cacher. Il faut dire que rares sont les joueurs de l’équipe au trèfle à avoir évolué dans le championnat local. Pour tout dire, selon le sacro-saint Patrick coefficient UEFA des championnats, la League of Ireland aurait un niveau équivalant au championnat letton. Avec des effectifs où l’on ne trouve qu’une poignée de joueurs qui ne soit pas issue des îles britanniques (même les anglais sont acceptés s’ils ne parlent pas trop fort). Le bon vieux kick & rush est la stratégie principale de toutes les formations. Mais non ! On n’est plus en 1980 et même en Irlande une telle pratique n’existe plus, c’est contraire au droit international du foot. Sauf si tu es né avant 1970, plus personne ne peut croire ça. Si officiellement le championnat est professionnel, il existe même un salary cap, seule une petite partie des joueurs en vit décemment. Pour les autres, ils exercent un travail épanouissant à côté, sans doute assureur, parce que c’est sympa d’assurer des gens.

L’ambiance

Il faut dire qu’en Irlande personne n’en a quelque chose à cirer du championnat local. Loin derrière les sports gaéliques et le rugby, le football est relégué au rang de sport mineur et n’intéresse que quelques passionnés peu nombreux et un peu bizarres. Il est faux de dire qu’en Irlande personne n’aime le foot, enfin le soccer, puisque l’équipe nationale et la Premier League sont très suivis. Les faits sont pourtant là, les stades des clubs sont modestes et n’attirent pas les foules. Il n’y a tout simplement pas d’argent et l’effervescence qui règne autour du foot gaélique, une véritable institution, éclipse totalement le championnat de soccer local. Pour les ignares, le foot gaélique est une sorte de croisement entre rugby et soccer, dont le plus haut niveau voit s’affronter chaque année les 32 comtés de toute l’île d’Irlande (y compris l’Irlande du Nord). Imagine un sport national bien physique qui mettrait aux prises nos 26 cantons chaque année. Rien que sur le papier ça fait déjà saliver !

Rien que d’imaginer un Vaud-Valais au foot gaélique me donne des frissons. Même si en finale on aurait sûrement un Schwyz-St-Gall.

Bohemians : Les joueurs de ce club de Dublin dorment vraiment dans des roulottes. Pratique pour les matches à l’extérieur. Club mythique de la capitale irlandaise qui a l’honneur d’avoir un deuxième maillot arborant des couleurs rasta et un portrait du King of Reggae, Bob Marley. Jah man ! Mais ça, ce n’est rien à côté des trois tours qui composent l’écusson du club : un hommage à la commune de Massongex dans le Bas-Valais.

A quand le portrait de CC sur le maillot du FC Sion ?

Derry City : Oui le championnat irlandais est parmi les seuls au monde à accueillir un club « étranger ». Il est vrai qu’on a bien le FC Vaduz chez nous, il y a bien un club monégasque en France (ils ont même des clubs corses), des clubs gallois jouent en Championship anglaise (mais il s’agit juridiquement du même pays). Pourtant là on est dans un tout autre registre, si l’équipe de Derry, ville située légalement en Irlande du Nord, joue en League of Ireland c’est pour des motifs politiques et éviter les troubles (c’était du moins le cas dans les années 70). Et si tout ça ne te dit rien tu n’as qu’à te refarcir « What’s in your heaeahead. In your heaheahead. Zohombi. Zohombi. Wouh huh huh ».

Drogheda United : Encore un de ces clubs des Iles Britanniques à endosser une fameuse tunique claret and blue. Au même titre que West Ham, Aston Villa ou encore Burnley, les Drogs ont un maillot bordeaux avec des manches bleu ciel. Une idée quand même assez particulière, il est vrai. Des couleurs qui ont néanmoins permis au petit club irlandais une collaboration avec le champion turc actuel le Trabzonspor qui possède les mêmes couleurs. Avec ce type de critère YB s’associerait avec Dortmund, le LS avec le Real et Xamax avec Milan ou Nice … oh mais wait Nice est déjà associé à un club suisse.

Dundalk FC : Tu ne connais pas le célèbre dicton « Don’t talk about Dundalk! »? Autrement dit, on ne va pas s’éterniser sur le club de cette ville assez quelconque située à mi-chemin entre Dublin et Belfast. Il s’agit pourtant du second club le plus titré du pays et ils ont trois pigeons sur leur écusson. La FIFA a bien essayé de faire parler de ce club il y a deux ans, en nommant Jordan Flores, un ancien joueur du club parmi les prétendants au prix Puskas récompensant le plus beau but de l’année. Mais c’est finalement Heun-Ming Son qui l’a remporté, il faut pas déconner quand même.

Bon au final ça reste un but contre Shamrock Rovers.

Finn Harps : On aura tout vu avec ce club qui contient un instrument de musique dans son nom. Il est où notre fier Cor des Alpes Gruyères FC ? L’équipe originaire du Donegal, le nord-ouest sauvage de l’Irlande (croyez-moi on se trouve plus aux Féroés) a donc choisi cet instrument typique du folklore irlandais pour se représenter. Joueurs de harpe à la mi-temps, le club tente de s’affirmer dans une région où on ne vit que football gaélique. D’ailleurs, faire le voyage dans ce stade pourri aux confins du pays au climat rude fait office de déplacement à la Vallée de Joux pour un match de 4e ligue.

Shamrock Rovers : Le club le plus titré du pays, le seul à avoir disputé une phase de poule de coupe européenne (Ligue Europa en 2011). Originaire du sud de Dublin, cette formation s’est approprié le vert et le trèfle, symboles irlandais par excellence avec le leprechaun. Ils ont les mêmes symboles et le même maillot que le Celtic cela dit en passant. Tiens le Celtic Glasgow, justement le club le plus supporté et le plus suivi en Irlande. En un weekend, il y a sans doute plus d’Irlandais au Celtic Park que dans l’ensemble des stades de la League of Ireland. Un constat qui marche également avec Anfield et Old Trafford.

Shelbourne : Autre équipe dublinoise entraînée par Damien Duff, une vieille connaissance. Club irlandais phare au tournant du XXIe siècle, les Shels ont réussi l’exploit de faire faillite l’année de leur 13e et dernier titre en date, en 2006. Il faut dire que plusieurs clubs irlandais ont fait faillite dans ces dernières décennies et que même la fédération irlandaise (la FAI) a fait beaucoup de grosses bêtises. C’est sans doute bien pire que ce qu’on a connu en Suisse (romande).

Sligo Rovers : En irlandais ça donne Cumman Peile Ruagairí Shligigh. Et ça constitue déjà un bon gag en soi. Comme tout le temps en Irlande, les deux langues (anglais et irlandais) doivent coexister même si c’est artificiel et qu’hormis deux ou trois vieux marins barbus qui fument la pipe sur la côte ouest, personne ne parle l’irlandais à la maison. Ça fait juste partie du folklore. Bon vu la gueule de cette langue, on comprend que l’anglais, dont les Irlandais cherchent pourtant tant à se différencier, joue le plus grand rôle. Oan purraígh eicrear oseagh ahvec plheín de lethr kea servhough a rihenn. Cela dit je félicite Sligo d’avoir adopté le nom de Rover qui signifie vagabond et qui est le nom préféré des anglophones pour les chiens.

St. Patrick’s Athletic : Ils en sont fiers de leur saint patron les Irlandais, au point de baptiser un club de foot à son nom. Avant d’être une journée de fête où on s’habille en vert et où on dégueule dans la rue, la St. Patrick était une journée dédiée à celui qui a évangélisé la verte Eire et participé à l’éradication de ses vils païens (les nuls ils pensaient qu’on pouvait vénérer des arbres ou des animaux). Il faut bien avouer que Patrick tient une place particulière dans le cœur des Irlandais. Encore un club de Dublin qui joue en ve… rouge et qui est surnommé les Supersaints, comme ce super-héros saint qu’était Patrick. Et on vous évitera l’énumération gênante de tous les Patrick célèbres (hormis Patrick Bruel parce qu’il est vraiment au-dessus du lot).

Pour sa carrière en tant que chanteur, pas celle au poker bien entendu.

UC Dublin : Le club universitaire qui vient de revenir dans l’élite. C’est en théorie l’équivalant de notre LUC Lausanne. On les surnomme, sans grande surprise, les étudiants. Leur capitaine Jack est d’ailleurs en 3e année de Géosciences où il termine son Bachelor avant de partir le semestre prochain en Erasmus à Barcelone. Quant au buteur Liam il pourrait bien quitter le club à la fin de la saison, il est en double-échec en médecine.

 

Crédits photos :

Patrick Bruel : JJ Georges/CC0/Wikimedia Commons https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Patrick_Bruel_Cabourg_2012.jpg

 

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