Roger Federer, l’éloge du vide à ras bord

L'eau tiède va lui faire un procès

Roger Federer. Rien que le nom sonne comme une marque de chocolat de luxe qui s’achèterait uniquement dans les duty free empestant le parfum globalement planétaire à la mode. L’homme est devenu le synonyme mondial de la perfection fade, le Mozart du compromis, le pape de la platitude rentable.

On dit qu’il est « classe ». Mais qu’est-ce que ça veut dire, en fait, être classe ? C’est se tenir droit, ne jamais transpirer trop fort, éviter de parler d’autre chose que de sa nouvelle collection Nike Uniqlo ? Federer, c’est l’homme qui a fait de la neutralité une religion, de l’absence de convictions un art martial. À côté de lui, un discours d’Ignazio Cassis ressemble à une déclaration de guerre.

Il y a des gens qui transforment tout ce qu’ils touchent en or. Rodge, lui, c’est surtout en contrats publicitaires qu’il transforme tout ce qu’il touche. Quand on le voit, brushing parfait et sourire Colgate, on a l’impression d’observer un poster du Credit Suisse qui aurait pris vie. Le roi Roger ne joue pas au tennis, il récite une brochure d’assurance-vie.

L’homme est si lisse qu’on pourrait s’en servir comme miroir pour se recoiffer. Jamais un mot plus haut que l’autre, jamais une opinion qui dépasse : neutralité toute helvétique oblige. À croire que ses conférences de presse sont écrites par une IA programmée pour ne froisser ni Rolex, ni Barilla, ni aucune des marques qui ont payé si cher pour leur collab’. Son engagement politique se résume à savoir si l’étiquette de son blazer est bien cousue et son café bien tiré. Gaza ? Les réfugiés ? Le climat ? Pas un mot. Le seul dérèglement climatique qui intéresse Roger, c’est quand la clim du jet privé tombe en panne. Ce qu’il aime beaucoup c’est qu’on aime son image, et que l’entretenir est son sacerdoce. Chacun sa croix.

Regardez ses interviews : pas une aspérité, pas une surprise. L’homme pourrait vous réciter le bottin téléphonique avec le même sourire ultrabright. Son vocabulaire se limite à « magnifique », « incroyable » et « je suis très reconnaissant ». « Formidable », disait l’autre. Quand on lui pose une question sérieuse, il vous répond comme une brochure touristique : « Je pense que c’est important de rester positif et de profiter de la vie. » Merci Roger, Gandhi peut se retourner dans sa tombe. Deux fois.

Dans un monde où certains sportifs osent dénoncer, s’engager, ou, sacrilège!, avoir une personnalité, Roger, lui, préfère l’asepsie. On ne l’imagine pas prendre parti, ni même prendre un risque autre que de commander un cappuccino plutôt qu’un espresso, et jamais l’après-midi. On dirait que son objectif dans la vie n’est pas de gagner des matchs et des tournois (ça, c’était accessoire), mais de s’assurer qu’aucun sponsor n’ait jamais à froncer un sourcil.

Au fond, Federer, c’est le tennis devenu produit dérivé : un polo parfaitement repassé, une signature au bas d’un contrat, une poignée de main chaleureuse, ni trop ferme, ni trop moite. Il ne joue plus, il flotte, tel un logo ambulant, l’incarnation humaine du « neutre mais premium ».

On le vend comme un gentleman. Mais en vérité, Federer est le cauchemar du sport : un athlète tellement aseptisé qu’il fait passer Nadal, Sinner ou Alcaraz pour des anarchistes punk. Il veut plaire à tout le monde, à tout prix. Et il y arrive : les vieilles dames l’adorent, les marques le vénèrent, et même ses adversaires l’appellent « Monsieur ». Mais derrière ce vernis impeccable, il n’y a… rien. Du vent. Du marketing. Une affiche géante pour une opérateur téléphonique, un film pour des pâtes.

Certains disent qu’il est le « GOAT ». Oui, sans doute. Mais surtout, c’est la chèvre la plus soigneusement peignée de l’histoire du marketing sportif.

Crois-moi, Roger, au Conseil fédéral, tu ferais un malheur ! Parce que tu le vaux bien.

A propos Olivier Bender 75 Articles
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4 Commentaires

  1. Article tellement véridique.

    Federer est aussi inintéressant à la retraite qu’il était beau à voir jouer sur un court de tennis.

    Nous étions fan absolu de son tennis, mais quand on voit (enfin) sa vraie personnalité une fois retraité, on se dit qu’il ne méritait finalement pas d’être le plus grand des 3 par le nombre de GC.

    Je suis terriblement déçu par l’homme depuis qu’il a rangé ses raquettes. Ça me rappelle Schumacher que j’adulais pilote et qui m’insupportait après 2006. Mais Federer, je trouve que c’est encore une autre dimension avec toutes ses pubs à la con. C’est tellement grave que je commence à avoir de la sympathie pour Nadal et Djoko…

    Merci Olivier pour tes articles de qualité que tu ponds pour CR.

    • Merci Thierry pour ton commentaire positif. D’ailleurs, je constate avec un brin d’étonnement que ça fait 100% de commentaire positif. Moi qui croyais que ce serait plutôt l’inverse, je suis surpris en bien. Ca me donne presque l’envie d’écrire une suite à cet article.

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