Tout ce qui se passe à Vegas…

... fait le tour du monde

À Carton-Rouge, on aime le sport. On vous le prouve toute l’année. Sauf que, dans cet article, on va amorcer un virage incongru et parler de Formule 1 (qui je le rappelle est excessivement chiante depuis des années) avec notre petit retour sur la « glorieuse » saison 2025 – sorte de longue crise de somnambulisme qui prit fin le 7 décembre à… Abu Dhabi (évidemment, puisqu’on ne fait plus rien dans le sport mascu de haut niveau sans passer par chez les Rois du Pétrole, pétole).

Quoiqu’il en soit, vous avez certainement lu avec intérêt mon article intitulé « Quand on connaît pas les règles » ce pour quoi je vous en remercie chaleureusement. On aurait eu envie de vous sortir « Quand on connaît pas les règles 2 », avec une montée en puissance phénoménale qui verrait certainement impossible la publication d’un « Quand on connaît pas les règles 3 », tellement c’est lunaire. L’opus 1 était dédié à une performance individuelle. Pour le 2, la glorification irait à la performance d’équipe, ingénieurs et avocats de McLaren en tête, suite à la disqualification collective de Las Vegas.

Et c’est là qu’en connaisseur de la F1, tu me balancerais « Mais t’es con ou quoi, ils connaissaient parfaitement les règles. Ils ont fait un pari, ils ont perdu, c’est tout ». Et après réflexion, je ne pourrais que te donner raison. Pas sur le fait que je sois con, ça, c’est hors de question, mais sur le fait que le 2 de « Quand on connaît pas les règles », c’est pas encore pour cette fois. Car les règles étaient suffisamment bien connues pour qu’on se permette de jouer avec, au détriment de la santé sécurité des pilotes.

“On frottera, mais pas assez pour passer sous 9 mm” – le chef décideur des réglages de McLaren

J’aime cette tension permanente entre le « on ne doit pas » et le « on le fait quand même ». Et chez McLaren, comme une personne a écouté le petit diable dans sa tête avant ce GP de Las Vegas, nous allions être servi.

Pour rien vous cacher, j’ai regardé autant de Grands Prix cette année que j’ai fait de cork 7 sur le Bec des Rosses, soit 0. L’un par manque de neige (le dérèglement climatique, tout ça…), l’autre par manque de motivation (y’a quand même mieux à faire, le dimanche après-midi, non ?). Parce que oui, regarder un Grand Prix est une activité qui, pour moi, est aussi chiante que changer, deux fois par année, l’heure du four encastré ou acheter une nouvelle cartouche d’encre. Voire passer chez mon dentiste pour mon détartrage annuel, remboursé mais presque, par ma complémentaire. Mais l’ampleur de la polémique au soir du 22 novembre, au matin du 23 et jusqu’au 24 ou 25 au moins m’a fait lever un sourcil et toucher deux neurones pour me mettre dans le coin de l’esprit qu’il pourrait y avoir, un jour ou l’autre, matière à article. J’aurais pu vous le fournir plus tôt, j’en conviens, mais j’étais passablement occupé, ce qui me fait un point commun avec la Cisjordanie*.

Donc de toute la saison 2025 de Formule 1, il n’y a bien eu que ce mélodrame, qui émergea comme un pylône de télésiège à travers le brouillard, suite au GP de Las Vegas, qui en a valu la peine. Un tout petit bout de millimètre en moins et paf ! tu montes pas sur le podium. Pire, tu rentre à la maison la queue entre les jambes et zéro point dans l’escarcelle. Ton rêve de champion du monde se dégonfle tel un ballon de baudruche laissé trop longtemps plein soleil, derrière la baie vitrée de la véranda. Surtout quand tu t’inclines également lors du GP suivant.

Retour sur événement : Lando Norris et Oscar Piastri, respectivement 2ème et 4ème de ce fameux GP de Las Vegas n’ont pas présenté des skid blocks (plaques en titane sous les voitures) de leurs monoplaces réglementaires lors de l’inspection après la course, ce qui constitue une infraction technique grave au règlement de la F1. Résultat : disqualification pour les deux pilotes McLaren (fait très rare, deux pilotes de la même équipe jetés lors du même GP) et aucun point marqué au classement général. Verstappen, gagnant, remonte au général. L’intérêt de la saison est relancé, puisque l’avance de Norris fond brutalement et que la course au titre mondiale est ravivée. Pas beau, le fleuve tranquille de la vie ?

Retour sur la règle : chaque bolide a une plaque en titane fixée sous le fond plat. Après la course, cette planche doit mesurer au minimum 9 mm d’épaisseur. Si elle est trop usée, la voiture est automatiquement disqualifiée, sans discussion possible. Comme quoi, tu vois, la taille ça compte bel et bien.

Ce que nous apprenons : en F1, il faut non seulement passer la ligne d’arrivée mais aussi les tests techniques pour prétendre au podium. Et que sur ces jolies décapotables, le titane ne sert pas uniquement à faire des enjoliveurs brillant à souhait, mais à savoir si tes ingénieurs se soucient suffisamment de ta sécurité.

Pourquoi cette règle ? N’importe quel descendeur te le dira : plus t’es bas dans ta position de schuss, plus t’as de chance d’aller vite. En F1, c’est le même principe, les lois de l’aérodynamique s’appliquant partout. Sauf qu’ici, on parle de sécurité pour les pilotes. Et que vis-à-vis de la sécurité, c’est tolérance zéro. On me murmure d’ailleurs qu’un « Prix FIFA de la Sécurité» pour Mohammed Ben Sulayem, président de la FIA, pourrait être créé prochainement, lui qui peut se vanter qu’aucune femme n’a été blessée en monoplace depuis son accession au pouvoir. Encore un grand homme. Mais revenons à l’illustre planche et nommons-la de son juste nom : “garde-fou”. Garde-fou de sécurité réglementaire je dirais même, parce qu’en toute objectivité, c’est rarement les ingénieur(e)s, les avocat(e)s, les directeurs d’écurie (où sont les femmes?) ou les sponsors qui s’envoient des pétées de G à 330 km/h sur les circuits, encore moins en ville sur du bitume bosselé et de nuit.

Est-ce la première fois que ça arrive ? Non, du tout. En 2023, Hamilton et Leclerc ont été disqualifiés pour exactement la même raison. Ainsi, toute indulgence serait une injustice flagrante. La FIA n’avait donc pas le choix, même si on entend bien les pleurnicheries de McLaren (qui, à moi, m’ont donné envie de chialer tellement j’étais pas ému) :

  • « Le circuit était bosselé ». Oui, mais tu le savais avant le départ de la course, mon lapin.
  • « Les conditions étaient imprévisibles ». À part qu’elles étaient les mêmes pour tout le monde et qu’en ayant aucun autre pilote disqualifié dans aucune autre écurie, tu montres quoi d’autre que ton incompétence ?
  • « C’est involontaire ». Sérieux ? Tu oses vraiment la sortir, celle-là ? Et de toute façon, la règle ne juge pas l’intention, mais le résultat.

Et oui, mon coco, en F1, comme ailleurs, le règlement s’applique même quand l’erreur est « accidentelle ».

Donc maintenant tu comprends pourquoi je ne peux pas vous faire un « Quand on connaît pas les règles 2 » avec ce sujet. McLaren a pris un risque technique. McLaren savait très bien que leurs voitures réglées agressivement pour la performance (avec volonté de gagner le titre le jour même) risquaient de ne pas passer le contrôle technique. McLaren a perdu. Mais Norris finit quand même champion du monde, trois GP plus tard. L’honneur est sauf.

Tout ça permet de cacher le fiasco total de Ferrari cette année.

 

*Elle est technique celle-là, mais si tu t’intéresses un peu à l’actu, tu devrais la comprendre (d’ailleurs, je crois que seul Roger Federer ne l’a pas pigée).

A propos Olivier Bender 73 Articles
Si j'étais de bonne foi, croyez-vous vraiment que j'écrirais ici?

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