Une fois n’est pas coutume. Deux fois non plus d’ailleurs. Pour la troisième année, Carton-Rouge a pu envoyer un de ses membres à Wengen, au sein du Fan’s Club d’Alexis Monney. Mieux que ça, cette année nous étions deux ! Récit de cette journée qui est décidément en train de devenir une classique aussi pour notre rédac’.
Comme les autres années, le réveil pique. Ce d’autant plus pour un petit nouveau dans le Fan’s Club, Valentin Henin, qui doit faire le trajet depuis Lausanne pour être à 4h45 (dernier délai hein !) à Châtel-St-Denis. Les inquiétudes sur le lieu de rendez-vous levées (au terrain du Lussy, c’est pas à Lussy mais à Châtel-St-Denis ! Mais aussi « J’espère que je vais trouver le stade du Lussy… » « Oh t’inquiète, y aura quatre cars et 250 personnes au milieu d’une route de campagne, ça devrait aller »), nous nous retrouvons au traditionnel point de ralliement, devant le stand de goodies. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le comité devient sacrément rodé. Chacun a son billet nominatif, un pack de Cardinal, une bouteille de Rivella, un dossard à l’effigie du héros du jour, un drapeau du Fan’s Club, et un petit sac gracieusement offert par les Vins de Morges contenant une chopine de blanc, un verre et une cloche. Non vraiment, la prochaine fois on peut venir les mains dans les poches.
À peine le temps de constater que certains n’ont même pas dû dormir que tout le monde se précipite dans les cars. Et là, premier drame (sur deux) de la journée, 50% des membres de la Rédac’ présents loupent le car numéro 2, littéralement pris d’assaut. Alors on aurait envie de vous dire que ce succès s’explique par nos articles de ces dernières années louant ce fameux véhicule, mais la réalité est probablement toute autre. Sur chaque billet était mentionné le nombre de personnes concernées par l’inscription. Soit 2, pour de nombreuses personnes venues en couple. Ce qui a semble-t-il causé une incompréhension pour beaucoup de participants, pensant que ce numéro était le celui du bus qu’ils devaient prendre. Qu’importe, le car numéro 2, conduit cette année par un sympathique suisse-allemand (oui, il y en a) prénommé Stefan, sera donc composé des joyeux drilles habituels à l’arrière et d’une population largement plus calme à l’avant. Probablement pour leur plus grand désespoir.
Après un trajet étonnement sans histoire, les 250 membres présents débarquent à Lauterbrunnen, habituel point de départ des trains montant dans la station. Et quand on vous dit que l’organisation devient vraiment exceptionnelle… Non seulement on arrive pile cinq minutes avant les autres cars, ce qui nous fait gagner au bas mot une heure et demie d’attente en bas, mais en plus les organisateurs de l’évènement ont réussi à mettre une scène devant la file d’attente, balançant du schlager à plein tube. Inutile de préciser qu’il n’est à ce moment-là même pas 7 heures du matin. Et qu’on attaque la 3ème bière pour les plus téméraires.
Lors de la montée en train, le Fan’s Club se distingue une fois de plus par son motto, la discrétion. En témoignent les braillées au mégaphone à travers le wagon. On observe aussi avec une pointe d’amusement les touristes qui prennent le train ce jour-là avec leur matériel de ski. Difficile de dire qui est le plus surpris de voir l’autre entre 3 Américains avec leurs snowboards et 800 membres de divers Fan’s Clubs chauffés à blanc et en partie déguisés.
Arrivés à Wengen, il est temps de faire la route à pied jusqu’à la zone de course. On voit que certains sont des habitués car ils connaissaient déjà les meilleurs endroits pour faire une petite vidange des bières. Aussi organisé que Red Bull en Formule 1, on est à deux doigts d’entendre des « Box-box, box-box » à la radio pour indiquer les Pi(pi)t-stops. Le Fan’s Club arrive en tête dans l’aire d’arrivée prenant presque de court les organisateurs qui n’étaient pas encore tout à fait prêts pour le scannage des billets. En même temps, l’arrivée à 8h15 pour la course à 12h30, on peut les comprendre. On prend donc possession des lieux et des tables au bord des filets, prêts à voir les artistes du cirque blanc.
Les places étant sécurisées, on peut sortir les victuailles (promis on était sur la retenue jusque-là) et admirer la dernière trouvaille du comité, un drapeau gigantesque posé en amont de nos places. Puis les retardataires des autres Fan’s Club arrivent, notamment ceux de Marco Kohler et de Maxence Muzaton, dépités de voir qu’en se pointant presque 4 heures avant le début de la course, la visibilité sera pour eux compliquée vu la marée fribourgeoise qui s’étend entre leur zone et l’aire d’arrivée. Le monde appartient donc bien à ceux qui se lèvent tôt… Ou ne se couchent pas du tout, en fait.

L’armée suisse dans ses oeuvres
L’attente avant le début de la descente passe particulièrement vite grâce au froid sacrément moins intense que les autres années. Mais on peut quand même vous dire que les saucissons sont toujours aussi bons, que le comité nous offre une énième surprise en nous trouvant des caisses de fromage de Semsales, et que l’article d’il y a deux ans nous prive définitivement de vin neuchâtelois, ce qui ne nous fait heureusement pas mourir de soif. Les plus gastronomes sortent même le caquelon à fondue. À 9h30. L’année prochaine, on ne serait même pas étonné de voir débarquer une génératrice avec des plaques de cuisson, histoire de concurrencer les « Älplermagronen » des stands.

Oui, c’est forcément de la moitié-moitié
Ces moments d’attente restent quand même chaque année comme un mélange de clichés suisses improbables et de moments irréels. On en veut pour exemple le fait que papa Muzaton revienne nous faire goûter son génépi en nous racontant sa vie. Ou qu’une guggen ne sorte de nulle part pour nous faire des reprises assez excentriques, avec un nombre de fausses notes que ne manquera pas de relever le musicien attitré de la Rédac’. Mais en parlant de musique, le sommet est atteint lorsque les Sonneurs de Cloches de Vuisternens débarquent au milieu de ce joyeux bordel :
La Suisse. Et pas n’importe laquelle.
Après toutes ces émotions arrive la traditionnelle Patrouille Suisse, annonçant avec une classe certaine le début des réjouissances… Qui seront vite douchées par l’annonce du jour, l’abaissement du départ à cause du vent et donc le raccourcissement d’une cinquantaine de secondes. Assez vite, deux théories se confrontent dans nos rangs : ceux râlant car la course perd de son essence, et ceux contents car a priori cela arrange les Suisses, et plus particulièrement un certain Fribourgeois.
Et puis, ça commence. L’Américain Bryce Bennett est le premier à s’élancer à côté de la tête de chien, face à une foule incommensurable. Rapidement suivi du premier Niels (et ben c’est bien, super pour l’appareil photo), Hintermann, qui passe un peu à côté de son sujet. Mais le premier vrai frisson est le passage de l’Autrichien Vincent Kriechmayr, qui contrairement à l’année passée ne chute pas devant nous mais s’empare assez largement du commandement. Mais ça, c’est avant le quart d’heure suisse, ouvert par l’exceptionnel – le mot est faible – Marco Odermatt. Alors que l’aire d’arrivée est en ébullition pour le triple vainqueur en titre, celui-ci découpe le Lauberhorn et colle quasiment 8 dixièmes à l’Autrichien ! Pour la petite histoire, le duo de tête ne changera pas. Et pour illustrer un peu la branlée, il y a moins d’écart entre Kriechmayr deuxième et Muzaton onzième qu’entre l’Autrichien et Odi, vainqueur. La foule est en délire complet à l’arrivée du Nidwaldien et, au sein des rangs, le sentiment qui domine est, déjà, que personne n’ira le chercher et qu’il va d’ici quelques minutes devenir le recordman de victoires sur le mythique Lauberhorn !
Rogentin descend ensuite puis c’est au tour du chouchou de ce coin d’aire d’arrivée : Alexis est en piste ! Pour le coup, on ne s’entend absolument plus parler, tant les cris et les cloches forment un ensemble aussi indescriptible que bruyant. Malgré un haut un peu raté, le dernier vainqueur de Bormio réalise un bas stratosphérique qui lui offre la 3ème place provisoire. Autour de nous, c’est un foutoir monumental. La course est loin d’être finie, mais le résultat sera là, le meilleur de sa carrière à Wengen. La pression redescend ensuite un peu au passage du deuxième Nils (génial, j’te remercie), Allègre, jusqu’au passage de l’autre Chien Fou, Franjo Von Allmen, une fois de plus largement le favori de la gent féminine présente. Auteur d’une belle course, le fait qu’il ait choisi de skier contre le matelas de protection en sortie du Kernen-S lui offre la note artistique, mais lui fait perdre trop de temps pour inquiéter Odi… Mais pas pour passer de justesse devant Alexis Monney ! On va pas se mentir, les réactions dans le Fan’s Club sont mitigées. Elles le seront encore plus au passage du quasi-inconnu (mais probable médaillé aux JO, vous l’aurez lu ici en premier. Et non on n’avait pas mis une pièce sur Hintermann avant la course) Italien Giovanni Franzoni, qui va ravir le podium au Champion du Monde de descente. Malgré le passage du troisième et dernier Nils (il est foutu, c’est pas grave hein) Alphand, les premières positions ne bougeront plus.
À l’issue de cette course qui, au soulagement de l’assistance, se termine sans l’intervention d’un hélicoptère – donc sacrément plus vite que d’habitude -, nous décidons de prendre le chemin de la place de fête et du fameux chalet Jägermeister. C’est donc le retour des spécialistes des rentrées au stand avec notamment un arrêt dans des conventionnelles « Toi-Toi ». Ce n’est pas du goût de tous, trouvant que cela manque de panache. La cabine est tambourinée mais heureusement, on n’arrivera pas jusqu’à son renversement.
Une fois de plus, le Fan’s Club est le premier dans la cabane de fête et se choisit la meilleure place, pile entre le DJ même pas encore prêt et le bar, sacrément prêt. Le temps que ledit DJ règle ses platines, nous lançons une Balade des Gens Heureux a cappella à travers le chalet, reprise par largement plus de monde qu’attendu. On a beau être membres du Fan’s Club, on est aussi Carton-Rouge !

Le « calme » avant la tempête
Quelques moments mémorables (ou justement plus trop) sur de la schlager (oui encore) à plein tubes et approximativement 78 Jäger-maté plus tard, nous prenons la décision de redescendre afin d’être plus ou moins à l’heure aux cars numéro 1 et 2. Enfin, le temps de récupérer ceux qui se sont perdus à travers le village à la recherche de toilettes, pourtant situées pile en face du chalet. Débute alors la périlleuse descente à pied – on a définitivement abandonné l’idée du train – vers Lauterbrunnen. Pas de blessé lors de la descente officielle du jour mais malheureusement, ce n’est pas le cas dans nos rangs. On arrive donc au second problème du jour. En effet, lors d’un des lacets de cette satanée forêt, le nouveau membre du Fan’s Club estampillé Carton-Rouge se tord la cheville sur une branche/un caillou (on n’a pas réussi à déterminer l’arme du crime). Heureusement, la solidarité sans limite du groupe ne se fait pas attendre. Un camarade prend le sac et deux autres font office de béquilles. La petite marge prise au départ s’amenuise car la progression du groupe « blessé » n’est pas très rapide. Heureusement, on arrive à attraper le car. Concernant la cheville, après contrôle médical, on part sur une grosse entorse mais rien de plus grave, on peut espérer une participation aux JO ! Juste un joli hommage à la couleur des bords de pistes de Wengen.

Le retour dans le car numéro 2 s’annonce nettement moins tranquille que l’aller. Si certains accusent vraiment le coup, c’est aussi l’occasion de remettre un peu de schlager à plein tube, ça faisait longtemps. Bon, là, c’est aussi nécessaire pour couvrir la teneur des conversations, qui ne veulent plus forcément dire grand chose à ce stade. Le sentiment général quant à la course est que même si Alexis loupe le podium d’un rien, c’est quand même un sacré résultat. Parce que oui, c’est à ce moment là qu’on reparle un peu de la course, en se souvenant quand même qu’à la base on vient pour ça. Du côté du car numéro 1, après quelques chants, le conducteur décide de mettre la retransmission radiophonique du match de Fribourg-Gottéron à fond. Autre ambiance, même passion.
À l’arrivée à Châtel, nous sommes accueillis à la Fabrik, stamm officieux du Fan’s Club, pour terminer la soirée. L’occasion de tomber, comme par hasard, sur une tête bien connue des environs, Dä Ernst, autoproclamé DJ aus der Emmental, qui nous accueille… Avec de la schlager à plein tube bien sûr ! L’occasion pour certains de terminer la journée aussi fort qu’elle avait commencé et pour d’autres de plus ou moins tranquillement regagner leurs logis. Ce qui est sûr, c’est qu’on passe à chaque fois une sacrée journée sur ces courses. Vivement l’année prochaine. Et vivement la prochaine sortie du Fan’s Club… Dans deux semaines ! Mais ça devrait être plus tranquille, on sera juste 350.
Pour ceux qui n’auraient pas une célèbre référence s’étant glissée dans le récit :
Article co-écrit avec Valentin Henin

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