Présentation du groupe F

F comme fonctionnel

Bienvenue dans le groupe F comme froid, comme fade, comme formidablement scandinavo-dépressif : un groupe si méthodique, discipliné et propre sur lui qu’on imagine déjà la FIFA distribuer des combinaisons one piece en polaire à l’entrée des stades et remplacer l’hymne officiel par une playlist Spotify intitulée “Focus & Productivité”. Car oui, entre les Pays-Bas qui tenteront une nouvelle fois de réinventer le football total pour finalement perdre aux pénos contre une nation qui a fait bugger le calculateur d’indice EPSTEIN, la Suède qui présentera douze joueurs mesurant tous exactement 1,89 m et capables de meubler un salon IKEA en moins de vingt minutes, et le Japon dont le pressing collectif donne chaque année un peu plus l’impression d’observer une intelligence artificielle apprendre à jouer au football, ce groupe ressemble surtout à une convention internationale de gens organisés. Heureusement, la Tunisie sera là pour rappeler qu’une Coupe du Monde reste avant tout une expérience émotionnelle, irrationnelle et légèrement chaotique, notamment lorsqu’il s’agira de transformer un match totalement maîtrisé en scénario catastrophe à la 93e. Un groupe F comme “fonctionnel”, donc, ce qui est souvent le pire compliment qu’on puisse faire à une Coupe du Monde.

Pays-Bas 

La star  

Frenkie de Jong, milieu, FC Barcelone

Pourquoi lui ?

Déjà parce qu’il évolue à Barcelone après avoir été formé à l’Ajax. Et ça, ça devrait suffire. Mais en plus, parce que dans une nation historiquement riche en talents, Frenkie de Jong est le baromètre absolu du jeu néerlandais. C’est par lui que passent la sortie de balle, le tempo et l’équilibre tactique. Plus qu’un buteur, c’est le cerveau de l’équipe, celui qui fait jouer les autres et incarne le style néerlandais moderne. S’il était Suisse, Frenkie, il s’appelerait Granit, c’est pour te dire à quel point il est bon, le mec.

La tête à claques  

Si t’es assez vieux, tu te souviens du coup franc historique de Ronald Koeman lors de la finale de la Coupe d’Europe 1992 à Wembley, lui qui a marqué l’unique but de la rencontre en deuxième prolongation (111ème). Historique, parce qu’offrant au FC Barcelone sa toute première Coupe des Clubs Champions (face à la Sampdoria, quelle belle époque, celle des Vialli, Mancini, Vierchowood, Pagliuca…), alors que son rival national du Real en était déjà à 6. Après, ça lui a peut-être fait enfler un peu les chevilles. Et obligé nombre d’artisans à élargir les portes de chez lui, pour qu’il puisse toujours passer. Et puis il est devenu entraîneur, celui qui dirige, celui qui décide, celui qu’on écoute et respecte ou… dehors ! D’abord aux Pays-Bas, puis à l’international (Benfica, Valence, Everton, entre autres) pour reprendre une première fois en main les Oranje de 2018 à 2020 avant de tenter l’expérience « chez lui », à Barcelone. Et c’est là que plus personne ne lui a contesté le titre non envié de tête à claques (bi)nationale. Clash avec les joueurs, clash avec le président, clash avec la presse allant jusqu’à faire une Knysna en conférence de presse, ne répondant à aucune question des journalistes tout en lisant simplement un communiqué préparé en amont.

Ronald, c’est définitivement ma tête à claque du groupe F, pas uniquement des Pays-Bas.

La particularité  

Nation qui a disputé le plus de finales de Coupe du Monde de football sans jamais remporter le trophée, les Pays-Bas se sont inclinés en finale à trois reprises : en 1974 face à l’Allemagne, en 1978 face à l’Argentine, et en 2010 face à l’Espagne.

Pour comparaison, l’équipe de Suisse de hockey en est à 6 participations sans victoire (1935, 2013, 2018, 2024, 2025 et 2026), dont 3 avec Fischer comme entraîneur, lui aussi tête à claques, mais pour d’autres raisons.

Le conseil Guide du routard  

La Hollande, c’est l’autre pays du fromage. Pas de Bagnes 1, de Bagnes 98, de St-Martin, de Val-d’Illiez ou de Gruyère, là-bas. Et c’est l’autre pays du vélo, à plat partout, mais en vélo quand même. Mon conseil ? Louer un vélo et pédaler à travers les polders au lever du soleil, jusqu’à une ferme fromagère (boerderij kaasmakerij) pour acheter du fromage directement au producteur. Pas beau mon combo ?

Tu te lèves à 6h, tu enfourche le vélo loué le soir d’avant (parce que t’es Suisse, donc prévoyant) et tu roules sur des digues étroites entre des canaux immobiles, avec les moutons qui te regardent passer et l’odeur de la tourbe dans l’air frais. Le paysage est absolument plat, l’horizon est à 360°. Tu vois les nuages arriver de loin. Ça te rappelle Genève (le plat, les nuages, etc…), mais au moins, tu risques pas de te faire shooter par le premier bagnolard venu. Tu arrives dans une ferme, tu frappes à la porte et tu achètes un fromage jeune (jong) ou affiné (oud) directement à la famille qui le fait. Tu paies en cash. Il n’y a pas de boutique. Il y a juste une cave et une vieille dame avec un tablier (P*tain les clichés, je vais me faire bannir si je continue !).

Et en bonus, le fromage dans ton sac à dos pour le retour… que du bonheur!

La prédiction selon l’indice EPSTEIN

42e. Avec 27,56 points. Autrement dit : l’indice EPSTEIN prévoit pour les Pays-Bas une Coupe du Monde si catastrophique qu’elle ferait presque passer l’élimination contre la République tchèque à l’Euro 2021 pour un sommet de maîtrise collective. Et honnêtement, voir les Oranje terminer aussi bas reviendrait à assister à l’effondrement simultané de cinquante ans de romantisme footballistique, de débats tactiques pseudo-intellectuels et de documentaires Arte sur le “football total”.

Car les Pays-Bas occupent une place à part dans l’imaginaire du football mondial : celle de l’équipe qu’on annonce éternellement brillante, révolutionnaire et dangereuse, avant qu’elle ne trouve un moyen toujours plus créatif de rentrer chez elle prématurément. Mais 42e, c’est encore autre chose. Là, on ne parle plus d’une défaite frustrante en quart ou d’une séance de tirs au but cruelle : on parle d’un tournoi probablement terminé derrière des nations dont les fédérations partagent un tableur Excel et deux jeux de maillots. L’indice EPSTEIN semble donc anticiper un scénario d’apocalypse orange : défense en panique, crise interne au bout de deux matchs, consultants néerlandais expliquant que “le projet reste cohérent”, et supporters réclamant immédiatement le retour de Cruyff malgré un léger problème chronologique. Ce qui est rassurant, au fond, c’est que même dans l’humiliation absolue, les Pays-Bas trouveraient encore le moyen d’avoir 68 % de possession de balle. En même temps, si tu mets « tête-à-claques » Koeman aux manettes, faut pas t’attendre à un vol sans accrocs…

Suède 

La star  

Viktor Gyökeres, avant‑centre, Arsenaul

Pourquoi lui ?

Véritable machine à buts, Gyökeres a succédé à Ibrahimović comme figure offensive majeure. Puissant, rapide, clinique, il est le point focal du Sporting d’Arsenul de la Suède en attaque, toujours à monopoliser 2 voire 3 défenseurs à lui seul (Chapuisat fils likes it). Dans un groupe serré, c’est le genre de profil qui change un destin. Dans un groupe comme celui de la Suisse, de la Slovénie, du Kosovo et de la Suède, par contre, on ne sait même plus s’il a joué. En barrage, cependant, son but tardif face à la Pologne envoie les Blågult à la coupe du monde, première participation depuis 2018. L’Italie en est encore ulcérée.

La tête à claques  

Les Suédois semblent sortis d’un manuel du partenaire parfait : ponctuel, respectueux et féministe convaincu, il tient la porte et fait la vaisselle sans qu’on le lui demande. Maîtrisant l’art du « lagom », ce « juste ce qu’il faut » typiquement suédois, il n’est ni trop froid ni envahissant, trouvant l’équilibre idéal en toute circonstance. Bricoleur accompli grâce à une enfance passée chez IKEA, il monte les meubles sans perdre patience, sans mode d’emploi, en utilisant exactement toutes les pièces à sa disposition. Amateur de nature, il t’emmènera randonner le week-end tout en préparant un « kanelbullar » maison le dimanche matin. Il prend son congé paternité sérieusement, parle plusieurs langues, et possède ce charme nordique discret qui rend toutes les belles-mères inconditionnellement favorables. S’il devait venir travailler en Suisse, il s’arrangerait, en guise de remerciement pour l’accueil, de marquer un dernier petit but en prolongation du dernier match de la finale de National League avant de rentrer, sans faire de vagues, sagement au pays. Bref, Zlatan n’est plus là, y’a une place à prendre dans cette section, mais pas sûr qu’elle puisse être repourvue cette année encore.

La particularité  

Dernière de son groupe (6 matchs, 2 points, -8 de goal average), la Suède a tout misé sur le barrage qu’elle était assurée de jouer grâce à ses excellents résultats en Ligue des Nations. L’Italie n’en croit toujours pas ses yeux, elle qui avait 18 points en 8 matchs mais pas de Gyökeres pour la foutre au fond en fin de match.

Le conseil Guide du routard  

Le Spritmuseum, le musée de la culture suédoise de la boisson, littéralement traduit, Djurgårdsstrand 9, Stockholm. Le musée fait également office de galerie d’art, puisqu’il abrite et expose la collection Absolut Art. En gros, ça passe le temps, si tu en as à tuer à Stockholm.

La prédiction selon l’indice EPSTEIN

28e avec 76,71 points : selon l’indice EPSTEIN, la Suède accomplira donc l’exploit très suédois de participer à une Coupe du Monde sans jamais donner l’impression d’y être totalement présente. Une campagne discrète, propre, raisonnablement compétente et immédiatement oubliable, comme un meuble IKEA (comme s’il n’y avait que IKEA, en Suède) monté correctement du premier coup : personne ne s’en plaindra, mais personne non plus n’en parlera encore trois jours plus tard.

Car la Suède, dans l’imaginaire collectif du football mondial, reste cette étrange sélection capable d’atteindre une demi-finale sans que quiconque se souvienne d’un seul de ses matchs. Une équipe toujours sérieuse, toujours disciplinée, toujours remplie de grands blonds athlétiques courant énormément, et pourtant perpétuellement condamnée à servir de décor dans les épopées des autres. Avec ses 76,71 points, EPSTEIN semble donc prévoir un tournoi typiquement suédois : un nul solide contre plus fort qu’elle, une victoire laborieuse acquise sur corner au second poteau, puis une élimination sans scandale ni émotion particulière face à une nation techniquement supérieure. Le tout accompagné de statistiques physiques impressionnantes et d’analyses tactiques unanimement positives sur la “structure défensive”. Bref, une Coupe du Monde où la Suède fera exactement ce qu’on attend d’elle : suffisamment bien pour mériter le respect, mais jamais assez pour susciter autre chose.

Japon

La star  

Certains disent qu’au Japon, la grande star, c’est Pikachu et personne d’autre. Certainement les mêmes qui, 20 ans plus tôt, découvrant les fabuleux mercredis après-midi d’Antenne 2 auraient fait n’importe quoi et même plus plus ne pas louper un seul épisode de X-Or (paix à son âme).

Maintenant, si on se contente du petit cercle des stars du football, on choisira Takefusa Kubo, Ailier droit/meneur offensif, Real Sociedad.

Pourquoi lui ?

Kubo est aujourd’hui la plus grande star asiatique évoluant en Europe (parce que Heung-Min Son ne joue plus en Europe), parce que Lee Kang-in joue au PSG et qu’au PSG, il joue au mieux un match sur deux – un peu comme Kim Min-jae au Bayern – ou encore parce que Mitoma, à Brighton, ben c’est beaucoup moins glamour que notre Kubo). Dribbleur, créateur, décisif dans le dernier tiers, il incarne le passage du Japon d’une équipe disciplinée à une équipe capable de marquer contre n’importe qui, dans ce groupe, et peut-être même en 16ème, si ça passe jusque-là. Toute l’animation offensive tourne autour de lui. Voilà, la star, c’est lui, mais mon préféré à moi, c’est Ritsu Doan. Tu regarderas bien cette Coupe du Monde, Ritsu va nous faire des dingueries dans le jeu que tu en croiras pas tes yeux. Et tu me remercieras.

La tête à claques  

Le Japonais range et nettoie son vestiaire avant de le quitter et débarrasse les tribunes de tous déchets à la fin du match. Comment tu veux trouver une tête à claques dans un peuple qui est capable de tels actes ?

La particularité  

Hajime Moriyasu est entraîneur de cette équipe du Japon depuis 2018. C’est donc lui qui était au commande des Samurai Blue ce 23 novembre 2022 lorsque le Japon infligea une courte défaite à la Mannschaft (1-2), mais défaite quand même, causant par là-même le début de la fin des Allemands. Seuls Didier Deschamps (2012) et Zlatko Dalić (2017) le devancent en termes de longévité.

Le conseil Guide du routard  

Suita, vivier du football nippon, au nord de la préfecture d’Osaka, parce que Ritsu Doan (qui va nous faire des dingueries dans cette Coupe du Monde que t’en croiras pas tes yeux), Keito Nakamura, Takashi Usami et Ryotaro Meshino, sélectionnés pour cette Coupe du Monde, sont passés par ce coin de pays, formés qu’ils ont été au Gamba Osaka, où leur carrière professionnelle a commencé avant de partir rejoindre l’eldorado européen. Et puis, citons également Yasuhito Endō, qui détient le record d’apparitions et de buts avec le Gamba Osaka, totalisant 789 matches pour 125 buts. Au niveau international, il est également le détenteur du record d’apparitions en totalisant 152 rencontres disputées avec les Samurai Blue.

Suita est au football japonais ce que Monstein est au sport suisse : une pépinière à champions. Alors si tu veux pas te taper les 16 heures de vols pour Suita, file aux Grisons, c’est (presque) tout aussi grisant.

La prédiction selon l’indice EPSTEIN

11e avec 235,21 points : voilà donc le Japon propulsé par l’indice EPSTEIN aux portes du très haut niveau mondial, dans cette zone étrange du classement où une sélection cesse d’être “sympathique” pour devenir une menace réelle pour les grandes nations européennes qui continuent pourtant à la sous-estimer avec une condescendance suicidaire. Et franchement, à force de voir les Japonais humilier tactiquement des équipes persuadées de les battre “à l’impact physique”, il va peut-être falloir arrêter de faire semblant d’être surpris.

Car le Japon est en train de devenir ce que le football occidental redoute le plus : une équipe ultra-disciplinée, techniquement impeccable, physiquement préparée comme un programme spatial et mentalement incapable d’abandonner un match. Une sorte de boss intermédiaire de RPG (role-playing game) que les grandes sélections croient facile avant de découvrir, à la 82e minute, qu’il possède en réalité une deuxième phase beaucoup plus dangereuse. Avec ses 235,21 points, notre fabuleux indice EPSTEIN semble donc prévoir une nouvelle campagne du type “ah tiens, ils sont encore là ?”, suivie d’une élimination héroïque contre une immense nation qui passera ensuite une semaine à expliquer qu’elle “avait le match sous contrôle”. Le plus terrifiant dans tout ça, c’est que cette prédiction paraît presque raisonnable désormais. Ce qui signifie probablement que le Japon est officiellement devenu une vraie nation de football pendant qu’en Europe, on continue à faire des podcasts nostalgiques sur le 4-4-2 des années 90.

Tunisie

La star  

Hannibal Mejbri, milieu offensif, Burnley

Pourquoi lui ?

On nous a susurré le nom de Youssef Msakni comme star de cette équipe, parce que capitaine, parce que là depuis longtemps, parce que talent technique supérieur et tout et tout, mais bon, un type qui évolue au Qatar,… Alors voilà, en 2026, la star, c’est Hannibal Mejbri, je vous le dis. C’est lui, le visage du renouveau tunisien. Technique, intense, parfois (souvent) imprévisible, il apporte créativité et caractère à une sélection historiquement solide mais parfois limitée offensivement. À 23 ans, il est vu comme le joueur autour duquel la Tunisie doit bâtir son avenir. Et même si Burnley a officiellement reçu son bon de descente en 2ème division le jour où City a doublé pour rien Arsenal au classement (22 avril, 33ème journée), Mejbri ne devrait pas faire long dans ce coin de pays, lui qui a encore de très bon contacts du côté d’Old Trafford.

La tête à claques  

Je vous parie une meule de Rigouta que Rani Khedira, qui a refusé de jouer pour la Tunisie jusqu’à ses 32 ans, attendant une convocation avec l’équipe d’Allemagne, sera le seul Tunisien sifflé par son propre public durant cette Coupe du Monde. Parce que bon, même si tu es né en Allemagne, tu es le frère de Sami, tu joues en Bundesliga, tu as fait toutes tes classes juniors avec la Mannschaft, rien ne t’assures une place avec les grands. Et à un moment donné, tu dois te rendre à l’évidence : quand t’as pas la taille du costard, ben t’as pas la taille du costard ! Regarde Avdullahu, Hajdari, ou encore Saipi. Z’ont pas fait si long pour comprendre, eux !

La particularité  

La Tunisie va jouer 2 matchs au Mexique avant de finir son premier tour dans la plus grande ville du Missouri, … Kansas City ! Ben quoi, la plus grande ville du Valais, c’est bien Genève, donc pas nécessaire de s’extasier sur cette « énième bêtise américaine ».

Le conseil Guide du routard  

La Tunisie, c’est le genre d’endroit où tu te rends en vacances parce que c’est pas loin, c’est pas cher et pis y’a la mer.

Mais le vrai dépaysement pour un Suisse romand habitué à son petit confort et à l’ordre, c’est aller dormir dans un de ces greniers fortifiés en pisé brun, posés sur des collines arides, avec vue sur un désert de pierrailles et de palmiers nains qu’on appelle ksar berbère, dans la région de Tataouine. Pas de piscine, pas de service en chambre, pas de all-inclusive, même pas de wifi. Juste un matelas, du thé à la menthe hyperglycémique servi par un type qui parle sa langue et toi la tienne, et un silence que tu n’as probablement jamais entendu de ta vie, même dans les rues basses de Genève un samedi dès 17h04 ou à Plainpalais un soir de match de Coupe du Monde alors que, par « mesure de sécurité G7 », aucune fanzone n’est montée. C’est bien dommage, une fanzone, c’est toujours bien pour frotter nos solitudes.

Le matin, tu manges une brik à l’œuf préparée sur un réchaud à gaz, tu regardes le soleil se lever sur les escarpements du Dahar, et tu réalises que 90% de ta vie quotidienne en Suisse est du confort superflu, en préparant tes explications pour tes copains resté au pays, un truc du genre « c’est dingue, ils ont rien mais ils donnent tout ».

Et puis, si tu choisis la bonne date, t’auras même pas à te taper la compo folle de Murat dans ce 16ème de finale où « il va tenter un truc » pour passer.

La prédiction selon l’indice EPSTEIN

44e avec 19,80 points : l’indice EPSTEIN n’a donc laissé absolument aucune chance à la Tunisie, qu’il expédie quasiment au fond du classement comme un étudiant rendant quelques pages bien vides après avoir écrit son nom en haut de la feuille. Une prédiction d’une brutalité presque administrative, qui revient à dire : “merci d’être venus, les maillots sont très jolis, bon vol retour”.

Et pourtant, il y a quelque chose de profondément tunisien dans cette perspective d’élimination précoce. Pas parce que la Tunisie serait intrinsèquement faible (loin de là) mais parce qu’aucune sélection au monde ne semble capable avec autant de talent de transformer des matchs parfaitement jouables en exercices de frustration nationale. On imagine déjà le scénario prévu par l’indice : une entame encourageante, des occasions manquées de façon de plus en plus inventive, un nul héroïque contre plus fort qu’elle qui relance brièvement l’espoir, puis une défaite absurde contre un adversaire largement prenable pendant qu’un commentateur répète “il y avait la place”. Avec 19,80 points, notre indice semble surtout prédire une Coupe du Monde typiquement tunisienne : beaucoup de passion, beaucoup d’attentes, et cette impression persistante qu’avec un tout petit peu plus de réussite, tout aurait pu être différent. Ce qui est sans doute la manière la plus cruelle, et la plus fidèle, de sortir d’un Mondial.

A propos Olivier Bender 73 Articles
Si j'étais de bonne foi, croyez-vous vraiment que j'écrirais ici?

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