Malgré une double Kean, le Moïse lausannois n’est pas sauvé des eaux

Encore un titre qui va faire un carton

Il est de celleux, nombreux-ses, qui croient que nous sommes journalistes à plein temps ou encore que nous touchons ne serait-ce que deux sous pour nos modestes arrogantes contributions dans ces colonnes (même si on nous a fait remarquer naguère que cette dernière expression a perdu tout sens depuis longtemps). Ces trois croyances sont évidemment aussi fallacieuses que celle qui mène le trophée en plastique fluo de champion de National League vers les rives 69% francophones de la Sarine dans un futur proche. Et c’est tant mieux, la liberté de ton et de contenu sont à ce prix exorbitant. Mais c’est aussi la raison pour laquelle nous autres enseignants, traducteurs, assureurs, managers ou encore épicuriens (ah non), pris dans l’engrenage du tapis de course de notre day job lancé à pleine vitesse, devons parfois rester silencieux pendant les sept matches jalonnant une série qui fait vibrer toute la Romandie (enfin sauf Fribourg, Neuchâtel, le Valais et le Jura et franchement même plus trop Vaud à partir de la mi-Acte VI) et résout tous les soucis de chômage technique nocturne au sein des unités d’élite des forces de l’ordre. Le temps c’est de l’argent et à la rédac’ de Carton-Rouge on dépense beaucoup du premier tout en devant aller chercher le second ailleurs. Fort heureusement, contrairement au Servette FC Chênois Féminin, on n’exige pas de nous cinq entraînements par semaine dans des infrastructures en ruine et un doublé coupe-championnat après nos 8 heures quotidiennes à l’usine. Tout au plus un apéro biannuel, histoire d’éviter des traumatismes trop importants au niveau du ligament annulaire du radius quand même.

Maintenant qu’on s’est lâchement trouvé toute une série d’excuses pathétiques dans un chapeau interminable pour justifier notre leucosélophobie chronique, venons-en au fait. Histoire d’utiliser une autre expression aussi anachronique que toute forme d’ambition contemporaine à la Pista ghiaccio Resega Cornèr Arena, il est (enfin) temps de retremper notre plume dans l’encrier. Pas pour faire un bilan objectif du naufrage aux proportions bibliques du frêle esquif lausannois: ce serait risquer le licenciement pour juste motif d’un poste de bénévole de bas étage, ce qui ne nous empêcherait de payer aucune facture mais serait quand même un peu la honte. Et surtout, Tamedia (via ses quatre journaux « locaux » (sic) à la rédaction commune) et Blick ont déjà tellement arpenté ces plates-bandes que même la pluie d’injures subies par Alessandro Bastoni depuis le mois de février ne parviendrait pas à les arroser suffisamment pour y faire pousser quoi que ce soit.

On vous propose plutôt de faire un pas de côté (doucement, on ne voudrait pas que vous finissiez les playoffs sans genou, comme – rumor has it – Erik Brännström) et de remplir les deux grilles de bingo qu’on avait jusqu’alors réservées aux réseaux sociaux, par pur âgisme (quoique, Facebook… enfin bref).

On passe très rapidement sur les deux premières cases. Non, les compteurs ne sont pas remis à zéro et que nenni, il n’y a pas de nouvelle saison qui tienne. Le 1er a écrasé le 8e (4-1), le 2e s’est passablement ridiculisé face au 7e, mais à la fin ça compte quand même (4-3), le 3e a eu plus de mal que prévu face au 6e (4-3) et le double champion en titre (et futur auteur d’un threepeat), camouflé dans son costume miteux de 4e, a molesté le 5e (4-0). Que ceux qui pensent que les 52 matches de saison régulière (tous aussi PASSIONNANTS les uns que les autres) étalés sur 6 mois (ressenti 60) n’ont qu’une utilité aussi relative que celle de Cédric Fiedler passent leur chemin. On devrait même monter à 84, comme en NHL, tiens.

Jan Alston peut respirer tout de même en case 3: le lieu commun hockeyistique a encore de beaux jours devant lui. Et on se rend compte qu’il y en a un superbe auquel on aurait dû penser tout de suite. Celui qui dit que chaque match de playoffs a son histoire et que le passé compte autant que l’apport positif de la patinoire de Graben dans la soumission d’un dossier de montée. On admire vraiment tous ces participants aux séries finales qui n’ont jamais aucun besoin de thérapie puisqu’ils ne transportent absolument aucun passif ni bagage sur leur dos voûté, contrairement au commun des mortels.

Allez, retour sur l’Acte VI de Genève-Lausanne (sans anesthésie, désolé) pour vérifier tout ça: Geoff Ward est effectivement dans le présent et le factuel: « Ils en ont marqué quatre et nous aucun. » Conclusion de Damien Déni Riat ? « C’est une défaite comme une autre dans cette série ». Geoff ne voulait plus parler, mais il ne peut pas s’empêcher d’ajouter un petit « Cela n’a pas d’importance si tu perds 10-2 ou 4-3 comme ce soir. Il faut rebondir et avoir la mémoire courte. » Euh mais c’est la case 21 ça, non ? On coche même la case 7 dans la foulée puisque la première sortie du coach vaudois était ponctuée d’un délicieux « Pourquoi ils ont mis tous ces buts? Décidez vous même, je ne vais rien vous dire. »

En ce qui concerne la quatrième case, la Fashion Week se déroulant majoritairement à New York, Londres, Milan et Paris en deux fois (février et septembre), on vous tient au courant des répercussions dans six mois.

La case suivante était tellement évidente que c’en était presque de la triche de notre part, on ne va donc pas s’appesantir dessus. Pour celle d’après, les saisons d’Ambrì et de Lugano se sont malheureusement terminées bien trop vite pour avoir le temps de prendre des mesures aussi drastiques. On a encore un petit espoir du côté de Fribourg en demi-finales. 

On garde beaucoup de foi en notre huitième case, mais pour l’heure on a trouvé une analogie suffisamment puissante en termes d’arrogance au timing aussi défaillant qu’une augmentation des tarifs des transports publics en pleine urgence climatique:

Case cochée. Ça brûle bien ce genre d’affiche plastifiée ? Au pire, une dissolution à l’acide…

La case n°9 est l’occasion de parler de l’affaiblissement progressif des forces lausannoises depuis bientôt deux ans. Objectivement (désolé 🫣), tenter de compenser les départs de Lukas Frick et Andrea Glauser par l’arrivée différée d’un an de Michael Fora et boucher les trous au passeport helvétique en défense à l’aide d’un seul taulier confirmé (Fabian Heldner), de (très) jeunes joueurs qu’on espère en devenir (Iñaki Baragano, Basile Sansonnens, Gaël Haas par moments), de joueurs d’appoint dont on craint fort qu’ils aient atteint leurs limites depuis fort longtemps (Cédric Fiedler, Nathan Vouardoux) ou de préposés à certaines tâches ingrates qui ne devraient pas soudain se retrouver sur la glace en playoffs pendant plus de 20 minutes (Aurélien Marti) avait déjà hissé une sacrée série de drapeaux rouges l’été dernier. Ne pas remplacer du tout un leader moral de la trempe de Joël Genazzi, un leader physique de celle de Tim Bozon ou le duo pack en la personne de Michael Raffl (52 points en 45 matches à Salzbourg cette saison au passage*), on s’était dit que ça allait finir par se voir quand ça comptait vraiment. Et ça s’est vu. Quid du départ ce printemps de Ken Jäger, de très loin le centre (voire le joueur tout court) suisse le plus performant du LHC en playoffs cette année, dont on doute fort que la contribution sera totalement compensée par l’arrivée d’Axel Simic ? Fust, ça fonctionnait, mais il faudra se défaire de cette sale impression d’être un joueur d’échecs (ou de curling, tiens) qui réagit avec trois coups de retard dans un championnat où les plus gros transferts se concluront bientôt avec une décennie d’avance sur le début des contrats pour pouvoir reconjuguer ce fameux slogan orange au présent.

Toutes nos excuses pour ce passage aussi austère qu’un bureau de fiduciaire sans fenêtre au mois de novembre au Locle, on ne sait pas ce qui nous a pris.

*Salzbourg a aussi été éliminé en 4 matches en quarts de finale des playoffs, mais ça on ne va pas forcément le crier trop fort.

Notre leader linguistico-sémantique est, lui, fidèle au poste.

Allez, case 10 ? On a fait un trou dedans à force de la cocher, tout commentaire additionnel serait superflu.

Next. Il faut vraiment qu’on arrête avec ces cases à la limite du complotisme.

Ou pas.

Après avoir rapidement coché la douze (tolv, dvanáct), on est au regret de devoir complètement ignorer la treize, qu’on pensait pourtant être l’évidence même. On s’est presque autant vautré que pour la case 19 puisque la formule était simple comme bonjour au final.

Il en bégaye, le pauvre.

Heureusement, la n°22 va forcément redorer notre blason.

Bon… On peut pas toujours faire tout juste, comme diraient Gennaro Gattuso et Gabriele Gravina (source de la capture: Blick, tout comme les autres citations).

Les cases 14 à 17 étant malheureusement invérifiables et les 18 et 20 (ne) valant (pas grand chose) surtout pour leurs calembours de troisième zone, passons directement à la double trahison d’Igor Jelovac. Le Villardou nous a non seulement refusé la gloire de cocher une dixième case, mais en plus c’est tout un canton qu’il renie par ses aveux:

Reste à savoir qui est ce Julien. 

Score final: 9/25. Sacrée coïncidence, c’est aussi la note maximale qu’on aurait attribuée au collectif prilléran pour les 90 dernières minutes de cette série. Ça fait 2,8/6 avec l’échelle fédérale.

Un peu comme l’Acte VII d’hier soir pour les victimes du précédent, on ne va pas vous infliger la décortication systématique d’une seconde grille, vous avez compris le principe (et on a coché à peu près autant de cases que le HC Ajoie a gagné de matches en playouts).

En guise de conclusion, et pour ne pas poser un lapin à ce week-end de Pâques ensoleillé en se jetant bêtement du balcon, rappelons tout de même que le frêle esquif lausannois naufragé mentionné en début d’article n’est que masculin. Si cela ne dérange pas Petr Svoboda outre mesure (et même si c’est le cas), on va compter le premier trophée conquis depuis l’inauguration de la Vaudoise aréna parmi les 25 titres en 100 ans promis en 2022 par le meilleur pote d’Emmanuel Favre (qui est en train de vérifier ses dires avant de les relater depuis maintenant 15 mois). Allez, plus que 24 en 96 ans, c’est plus que faisable !

Le prochain c’est pas pour tout de suite, alors on a immortalisé au cas où.

A propos Raphaël Iberg 260 Articles
"Chaque matin on prend la plume parce que l'on ne peut plus faire autrement sous peine de malaise, d'inquiétude et de remords." Maurice Leblanc

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