Comme le treizième salaire ne tombe que dans 9 mois (le salaud !) et notre connexion wifi n’a pas exactement le même débit que celui du centre de lancement de la NASA (on imagine), on a renoncé à tenter de se procurer un billet pour le concert parisien de Céline Dion. Contrairement à notre voisine – qu’on appellera Humble Brag – pendue au téléphone dans le TGV Lausanne-Paris, qui a réussi à choper des places à 230 balles, « pas les moins chères » (sans blague), on se contentera du festival de la tulipe de Morges. …
Vous y avez cru ? Mais non, direction la fameuse Dripping Pan (littéralement « la poêle dégoulinante » ou plus communément une plaque de four apparemment), antre du mirifique Lewes FC Women, pensionnaire de FA Women’s National League Southern Premier Division, une subdivision du troisième échelon anglais (comme son nom l’indique de façon limpide), et Wembley pour un fabuleux Angleterre-Espagne comptant pour les qualifications pour la Coupe du monde 2027. Le tout pour la modique somme de 50£. Excusez du peu.
Vendredi 10 avril: le trajet valdo-pariso-londonien
Oh, sans histoires, comme diraient les pirates d’Astérix.
Après le petit coup de fil célinedionesque de notre voisine de derrière, c’est au tour notre voisine de gauche, qui est, selon ses propres dires, « dans sa période animaux empaillés » (WTF ?) de détailler ses goûts éclectiques pour les tatouages, son projet de perçage d’oreille parisien (« chuis chaud ») et son programme de vacances à Marrakech (où elle a prévu de « transpirer sa mère »). Elle, on l’appellera Tchu Vois Genre, ça sonne pas mal, et elle l’a déjà dit 17 fois dans le laps de temps qu’a nécessité la rédaction de ces premières lignes. Du coup – pardon, dju coup – l’affrication n’aura plus de secret pour nous 4 heures plus tard en Gare de Lyon. Rassied-toi Éric, y’a deux « f » donc rien à voir avec ton continent préféré.
Bref, notre amie Tchu Vois se lance dans une explication, vidéos à l’appui, du pourquoi du comment de quand elle s’était rasé la tête (« l’époque de quand on sortait quand on voulait pécho »), on fout nos écouteurs (à défaut de notre cagoule) et on se replonge dans Heated Rivalry (le livre, la série on n’a pas encore réussi à mettre la main dessus). On quitte donc notre voisine au moment où elle embraye sur son ex sénégalais dont la famille est quand même vachement homophobe, ce qui est peut-être pire que son ex portugais avec lequel elle n’avait aucune langue en commun. Enfin, on essaie de la quitter, mais l’isolement que nous procure notre casque musical reste limité. Il reste toujours le bar en voiture 14 et ses prix presque aussi dissuasifs qu’un monologue de cette brave Tchu Vois… Menu club sandwich jambon-beurre-gruyère, pilsner parisienne et cookie sans gluten (pour compenser les deux autres éléments du menu sans doute), 16 euros. Soit la vie en Suisse nous a désensibilisé à ce genre de tarif, soit c’est pas si cher en vrai.
Premier degré, frère, c’est une dinguerie cet article.

Les heures de pointche en Gare du Nord.
Pas grand chose à vous raconter en ce qui concerne la suite de notre périple entre Paris Gare du Nord et London St Pancras par le truchement de l’Eurostar 9055 de 19h09, hormis un retard absolument inacceptable de 15 minutes (!) et les nouvelles restrictions alimentaires sur le territoire britannique (on avait fait bien gaffe de ne pas emporter de reliques et autres obus de la Première Guerre mondiale par ailleurs):

Ouf, notre malicette (kézako ?) au thon passe le cut !
Dimanche 12 avril: Lewes FC Women – Billericay Town FC Women
Après avoir passé la journée nuageuse de samedi à s’instruire sur les élections locales via le Guardian, on en tire la conclusion que la gauche (Labour, Greens) est fragmentée et ses électeurs habituels des proies de plus en plus faciles pour l’extrême droite (Reform UK), alors que la droite dite traditionnelle (Tories) a perdu toute pertinence. Et dire que les Brits se croient différents du reste de l’Europe sous prétexte qu’ils vivent sur une île… Bref, on a enchaîné avec le nouveau blockbuster interstellaire de Ryan Gosling, Project Hail Mary (on rappelle qu’il faisait moche et froid), qui pourrait au passage tout à fait être l’intitulé d’une saison entière du HC Ajoie. Son contenu était d’ailleurs si fuligineux qu’on aurait cru revoir la démonstration tactique du LHC lors du troisième tiers de l’Acte VI de son quart de finale face à Genève il y a de ça deux semaines et mèche, le tout étiré sur 2h37. Le score lunaire, c’est le cas de le dire, du film (94%) sur Rotten Tomatoes demeurera à des années lumière de notre compréhension.

Sans transition aucune, image rare de l’accès à la raison dans le cerveau de Kanye West.
Dimanche donc. Southfields-Lewes, facile ! On va d’abord prendre le métro jusqu’à… hein ? La District Line est fermée tout le week-end ? Bon… bus et train alors ? Un peu de lecture paraît nécessaire:

Et surtout, on a le temps de jeter un coup d’œil aux forces en présence entre deux des 19 arrêts à couvrir pour atteindre notre destination. “Forces” est peut-être un grand mot puisque l’adversaire du jour des résidentes de l’East Sussex, Billericay Town (Essex), occupe joyeusement la dernière place du classement à deux journées de la fin avec 20 défaites en autant de matches et un goal average de… -129. Un jumelage avec Porrentruy est-il envisageable ?

Real Bedford, à ne pas confondre avec le voisin honni de Fake Bedford.
Un peu comme cette rencontre qui avait tout d’une exécution publique, tuons tout de suite le suspense d’une balle dans la nuque: le goal average des Blues (qui l’ont clairement) est passé à -137 au terme de cette 21e journée après avoir essuyé un sec et sonnant 8-0 dont le bruit de Téflon résonne encore dans la cuvette de la Dripping Pan. On notera encore que la lanterne rouge n’a marqué que 5 fois en tout et pour tout cette saison, la dernière le 18 février lors d’une défaite 10-1 à domicile contre Hashtag United (si vous êtes jeune et vous êtes donc égaré dans les méandres des Internets pour finir par le plus grand des hasards par vous échouer sur notre site, un hashtag c’est ce truc encore utilisé par les plus de 40 ans sur les réseaux sociaux qui était très à la mode aux environs de 2015).
Fort heureusement, l’intérêt de ce match était ailleurs. On vous le prouve avec 10 fun facts (c’est beaucoup, mais quand même pas autant que les 14 buts encaissés par Billericay contre Watford le 8 mars dernier):
1) Lewes FC Women est connu pour son projet Equality FC. En 2017, les Rooks (corbeaux freux en français, comme ça vous apprenez deux mots d’un coup) sont devenus le premier club (semi-)professionnel au monde à instaurer une égalité de traitement entre ses membres masculins et féminins en termes de budget et d’infrastructures. On espère vraiment que le fait que les hommes évoluent en septième division n’est pas un facteur…
2) La Dripping Pan est pourvue de cabanes de plage (beach huts) pouvant accueillir jusqu’à 6 personnes que l’on peut louer pour assister au match (les cabanes, pas les personnes).

Du haut de ces cabanes, (au moins) 40 minutes de jeu vous contemplent.
3) Si notre budget est plus modeste, on peut se contenter d’un billet donnant accès à tous les autres recoins du stade (premier arrivé, premier servi), y compris la tribune principale dont les sièges rembourrés viennent tout droit de Wembley (il y avait du rab en 2023 apparemment).

Les supports pour boissons n’ont apparemment pas servi depuis la démolition de l’ancien Wembley en 2003.
4) Les chiens sont en général présents en nombre pour soutenir Lewes. En même temps, entre chiens et Lewes… 🥁 On n’a toutefois pas demandé si des laisses et des muselières aux couleurs du club étaient en cours de fabrication.

Médor était plus attentif que le dernier rempart des visiteuses.
5) En cas de besoin soudain de faire un achat compulsif (ce n’est jamais arrivé à l’auteur de ces lignes, Dieu soit loué en cette fin de jeûne pascal orthodoxe), il y a toujours moyen de passer à la cabane qui sert de boutique. Une vieille dame vous y accueille dans ce qui rappelle vaguement l’intérieur d’un placard à balais de 2 mètres sur 2, vous demandez un maillot L homme, vous repartez avec un XXL femme. Qui en a quelque chose à carrer, comme le dit si bien le sponsor dudit maillot ?

Du génie.
6) Il vient d’où d’ailleurs ce sponsor maillot pour le moins original ? Figurez-vous que ce n’est autre que le slogan d’une marque de papier toilette. Une stratégie marketing absolument sans bavure.

Pouvoir tester le produit directement sur place est une plus-value non négligeable.
7) La tribune principale est tapissée d’écharpes issues de donations faites par des fans du monde entier. Il faut bien admettre que ça a de la gueule.

8) À Lewes, on ne cultive pas uniquement la gagne, puisqu’un… jardin occupe l’espace entre la tribune principale et les sanitaires du stade.

De là à dire que Billericay s’est fait cueillir…
9) La coach locale se nomme Kelly Lindsey, a quatre sélections en équipe nationale des États-Unis à son actif en tant que joueuse et a la particularité d’avoir entraîné aussi bien dans des universités américaines (Colorado, Texas, Californie) qu’en Afghanistan (4 ans avec une équipe nationale qui ne doit malheureusement plus exister), au Maroc, en Arabie saoudite et donc dans le Sussex oriental. On met une piécette sur la Corée du Nord, par ailleurs double championne du monde en titre en M17 (c’est pas une blague), pour sa prochaine destination.

Mais a-t-elle déjà remporté le trophée du vainqueur du quiz des supporters ?
10) Le kop local change de côté à la mi-temps, histoire de pouvoir faire face à son équipe (et accessoirement voir les goals de plus près en ce cas précis) pendant 90 minutes.

Vous aurez relevé que le sponsor PQ est accompagné d’une bière répondant au doux nom d’Abyss. Ces gens sont vraiment phénoménaux.
Mardi 14 avril: Angleterre-Espagne
Il fallait bien deux jours pour digérer le passage du stade mythique qu’on vient de vous décrire à ce machin en rase campagne londonienne qui s’apprêtait à accueillir le 499e match de l’histoire des Lionesses. Deux jours, beaucoup de vent, quatre saisons (enfin surtout trois voire deux) se succédant toutes les cinq minutes et un populiste d’extrême droite hongrois désavoué. On en perdrait presque tous nos repères. Pour en récupérer quelques uns, on vous dira quand même que notre Nati jouait dans le même temps sa 400e rencontre internationale face à la Turquie devant 12’000 personnes au Letzigrund (3-1).

On prend quand même le temps de saluer celle qui nous a inspiré pas moins de trois titres d’articles.
On vous épargne le trajet, cette fois c’était presque aussi facile que se muer en médecin palestinien du premier siècle sur Truth Social étant donné que le Tube était fonctionnel. En plus les heures de pointe dans les transports au centre de Londres nous avaient affreusement manqué, donc c’était tout bonus.

Olga charbonna sur son flanc gauche, sous les yeux de la buteuse et d’une capitaine ad intérim aux 100 capes internationales.
Il ne fallait pas arriver en retard à Wembley mardi soir. Même au prix d’un cheeseburger-frites de la buvette étonnamment excellent étant donné que le fan de United qui nous a servi après une petite discussion autour du badge de Chelsea ornant notre veste avait sûrement craché dedans. Et on ne parle pas de la vente express de l’édition limitée (on n’a jamais compris ce concept, ils auraient pu en vendre 62’306 facile) du T-shirt d’échauffement spécial 500e match que les joueuses de Sarina Wiegman arboreront samedi en Islande, déjà en rupture de stock une bonne heure avant le coup d’envoi. Non, c’est de Lauren Hemp qu’on veut vous causer, elle qui avait la bonne idée de marquer d’un salto le but le plus rapide de l’histoire du nouveau Wembley (depuis 2007) en ouvrant (et scellant) le score (final) sur corner à la 3e minute, assistée d’un jeu au sol d’Alessia Russo que n’aurait pas renié Simone Biles et d’une perte d’équilibre fatidique d’Alexia Putellas au moment de sauver sur la ligne, laissant entrer le ballon d’un cheveu de Fabien Barthez tout au plus.

Lauren James s’aventure dans les méandres du triangle des Bermúdez adverse.
Il y avait bien cette frappe de la même Hemp s’écrasant sur le poteau ibère au terme d’une somptueuse remontée de balle ponctuée par une talonnade de Lucy Bronze (19e minute), ces deux montants espagnols (Olga Carmona, 50e et Ona Batlle, 56e), ce raté de Lauren James à bout portant (57e) ou encore ce magnifique sauvetage de Hannah Hampton sur Edna Imade dans les arrêts de jeu, mais c’était un peu tout en ce qui concerne les velléités offensives. Le double decker anglais parqué en 4-2-3-1 imposait toute une série de chicanes à la SEAT Ibiza adverse, histoire de tuer toute tentative de dépassement avant le premier passage aux stands.

Les vrais héros du match: le staff d’ITV devant monter, démonter, remonter, redémonter leur dispositif en avant-match et à la mi-temps et tout refaire une troisième fois à la fin du match, le tout au prix de quelques notes trempées par l’arrosage automatique (il n’avait pas plu depuis plus de 20 minutes et on commençait à s’inquiéter).
Pardon ? C’est déjà pas mal pour un match de foot ? Et 5 tirs cadrés c’est beaucoup ? Bon, on a dû regarder trop de hockey cette saison, ou alors notre placement au rang 2 en pleine zone défensive anglaise, loin de l’action, en première mi-temps, puis en zone défensive espagnole très peu occupée après le thé a quelque peu biaisé notre perception. L’important c’est les 3 points et la première place du groupe. On a juste ?
Bref, avec tout ça on en oublierait presque l’autre menu souci inclus dans l’expérience au rang 2, surtout dans les 5 dernières minutes de chaque mi-temps. On imagine en effet assez facilement toutes ces dangereuses pré-ados et leurs parents sauvagement enjamber le grillage pour envahir le terrain afin d’arracher son maillot à Chloe Kelly au coup de sifflet final si elles n’étaient pas étroitement surveillées par les doctes préposés à la sécurité au chasuble luisant.

Assis machin ! Ton père était pas vitrier !

Un 13ème salaire, 230 balles, 50 pounds, 16 euros, 8-0, 3-1, 1-0, et finalement une feuille de papier toilette…
À force que lecture progresse, certes les cardinalités régressent, mais on apprend aussi pleins de mots, en vrai. Tchu vois.