On a choisi ce match parce que le bled où il se joue nous parle au moins autant que le patelin dans lequel s’est déroulé l’autre qu’on a couvert. Atlanta, ville de naissance de Martin Luther King et centre névralgique de la lutte pour les droits civiques dans les années 60, théâtre des Jeux olympiques de 1996, mais surtout actuel quartier général et témoin de la création (en 1886) de Coca-Cola, denrée ô combien nécessaire pour survivre aux rencontres aussi chiantes que tardives de cette Coupe du monde (OK, France-Espagne c’était sympa). Allez, 21h pour cet Angleterre-Argentine, le fameux derby des Malouines, ça va encore. Même si on aurait bien voulu couvrir le deuxième pot de retraite le plus attendu de l’année (après celui de Gérard Castella) à la place d’un triomphe des bouchers argentins.
Le match en deux mots
Caca culotte.
C’est le nom scientifique (cacus culottus) de la tactique mise en place par Thomas Tuchel dès l’ouverture du score de sa sélection, c’est-à-dire une sorte de 6-3-1 dans leurs seize mètres menant à l’inéluctable. On s’est même laissé dire que si les Three Lions reculaient un peu plus ils se retrouveraient à La Nouvelle-Orléans.
C’est d’autant plus dommage que Jordan Pickford avait carrément effectué… un arrêt (!!!) à la 69e minute ! À tel point que Léonard Thurre l’a immédiatement comparé à Gordon Banks, assassinant le football dans la foulée. Heureusement pour le beautiful game, le portier d’Everton s’est rapidement souvenu de sa condition réelle et s’est empressé d’encaisser un tir quelconque décoché depuis le douzième rang des tribunes par Enzo Fernández un gros quart d’heure plus tard (1-1, 85e).
Tiens, en parlant de joueur qui ne vaut habituellement pas un clou qui devient soudain (presque) décisif, on vous présente Anthony « Flash » Gordon, buteur de la 55e minute (1-0), exactement 120 secondes après avoir été proprement incendié par le chat de Carton-Rouge:

22h15: GOAL ! On nous souffle toutefois que même Cedric Itten serait parvenu à la pousser dedans à cette distance.
Bref, tout cela n’a servi à rien et l’éminemment sympathique taulard taulier Lautaro Martínez s’est chargé du reste (1-2, 92e). Il y aura 8 milliards d’Espagnols devant leur télé dimanche soir.

Le sentiment est partagé ici en Suisse à ce stade de la compétition.
L’homme du match
Carrément l’homme du tournoi: Sandro Schärer. L’arbitre suisse était clairement le seul homme en noir présent en Amérique du Nord à être au niveau d’une demi-finale de Coupe du monde. C’est bien simple, il ne s’est fait l’auteur d’absolument aucune décision controversée, pas même la plus minuscule controverse VAResque de tout le tournoi. Bon, c’est aussi le seul des 22 arbitres européens à n’avoir officié lors d’aucun match, mais on ne voit pas pourquoi cela remettrait son mérite en question.
Celui de ce soir, on ne vous donne même pas son nom, peu importe, il a arbitré comme on arbitre l’Argentine en 2026. On lui transmet juste une info qui pourrait lui servir un jour: les cartons ont été inventés à la suite d’un affrontement particulièrement délétère entre l’Angleterre et l’Argentine (qui d’autre ?) à la Coupe du monde 1966. A priori ils ont toujours cours 60 ans plus tard. A priori.
La dinde du match
Les « supporters » des deux camps. D’un côté, on a décidé de couvrir le God Save the King par le fameux chant « El que no salta es un inglés », vestige de la guerre des Malouines de 1982, et de l’autre, on a donné dans le moins original en conspuant l’hymne argentin. Le décor était planté et à ce moment-là on se demandait déjà si le bilan dépasserait les 907 morts d’il y a 44 ans. Au passage, si vous vous êtes déjà laissé aller à réfléchir à l’ambiance qui se dégagerait d’un Arménie-Turquie, on y est.
L’esthète du match
Si on devait vraiment vous parler plus longuement de ce match scandaleux, on vous dirait Djed Spence et son tacle sur le fiston Simeone (décidément la pomme ne tombe jamais très loin de l’arbre) dans ses propres 16 mètres à la 57e minute. Le seul geste propre de toute la soirée avec l’arrêt de Gordon B… enfin bref.
Mais comme on ne doit pas forcément vous parler du match, on vous dira Lauren James.
Grâce à elle, son frère Reece sait qu’il est possible de gagner l’Euro et de se qualifier pour une finale de Coupe du monde en portant un maillot frappé de trois lion(ne)s et de ramener 4 titres consécutifs de champion(ne) d’Angleterre agrémentés de 3 FA Cups et 2 League Cups dans le sud-ouest londonien. Malheureusement pour lui, tout cela restera théorique en ce qui le concerne.

On a même cru entendre qu’il était possible de faire bien mieux qu’un abyssal 4-7 (2-7 hors affrontements avec la Suisse) lors des séances de tirs au but.
Le moment MAGA du match
Harry Kane s’est récemment remémoré une partie de golf avec Donald Trump en conférence de presse en ne tarissant pas d’éloges au sujet du swing de l’autocrate new-yorkais. On espère que c’était juste pour pouvoir faire sauter un éventuel carton rouge (ou un deuxième jaune après consultation de la VAR) et pas parce qu’il est prodigieusement con. Mais on est habituellement assez nul en pronostics.
Ah au fait, Xavier Dupont de Ligonnès nous a confié être très inquiet au sujet de cette nouvelle fonction de la VAR, la fameuse « mistaken identity », qui pourrait être capable de lui mettre la main dessus après 15 ans de cavale.
Le point commun entre les deux équipes
Les Îles Malouines. Par contre les Falkland Islands appartiennent aux Anglais alors que les Islas Malvinas sont la propriété des Argentins. Selon nos informations, Amerigo Vespucci pense que tout ça c’est un peu de la merde.
Le chiffre à la con
752. Au moins. C’est le nombre de théories du complot qui existent pour expliquer la présence miraculeuse de Messi et ses sbires en finale de cette Coupe du monde. Du très beau VARgentina, prestigieux dérivé du VARsenal originel, à l’affiche parodique du film « Fifanic » (coming soon) en passant par FIFArgentina et les semelles invisibles de Leo, la liste est quasi infinie.
Nous, on est un peu cynique (on est en âge d’avoir un souvenir assez limpide de la Corée du Sud en 2002 par exemple, une année où l’Italie aurait probablement préféré rester à la maison tout compte fait) et on se dit que si le foot avait des règles un tantinet rationnelles (comme le basket par exemple), il y a des chances que ce soit un peu plus difficile de faire n’importe quoi.
Et de toute façon, on soupçonne que Gianni Palpatine, à l’instar des bébés de moins de 4 mois, ignore le concept de permanence de l’objet (sauf s’il s’agit d’une liasse de billets) et passe donc facilement de l’Argentine au Paraguay à l’Argentine aux USA à l’Argentine en matière de coups de pouce. Foin de favoritisme ici donc, c’est simplement l’intégralité de l’élite du foot masculin mondial qui est pourrie jusqu’à l’os, un verdict qui ne nous fait pas exactement tomber de notre chaise.
Au final, en tant que collectionneur de maillots de foot, on est juste hyper déçu de ne pas pouvoir s’autoriser l’achat de la tunique immanquablement magnifique à domicile comme à l’extérieur année après année de l’Albiceleste, sous prétexte qu’elle fait partie du top 2 des équipes les plus imbuvables de l’univers (et un joli vecteur de racisme institutionnalisé), complot ou pas.
L’anecdote
En plus des Atlanta Falcons (NFL) et de l’Atlanta United FC (MLS), le Mercedes-Benz Stadium (oui, on sait, on a viré tous les sponsors des stades pour cette Coupe du monde, la caritative FIFA trouve les US trop mercantiles, les salauds) accueillera dès 2028 une nouvelle franchise de National Women’s Soccer League (NWSL). Le hic, c’est que cette équipe, dont la création a pourtant été décidée en novembre 2025, n’a toujours pas de nom ni de couleurs. Fort heureusement, elle a déjà un sponsor maillot puisqu’un deal de 7 ans a été signé avec Aflac, le plus gros pourvoyeur d’assurances complémentaires du pays. Les priorités, c’est important. On espère juste qu’ils ne donneront pas le coup d’envoi du premier match avant d’avoir engagé des joueuses.
Si le match avait été une junk food
Un filet de poulet. Ou plutôt un chicken filet. Qui a fini par devenir la chaîne de fast food basée dans l’Etat de Géorgie Chick-fil-A au hasard des prononciations locales aléatoires et de ce qui reste de l’enseignement de l’orthographe dans les écoles américaines. On apprend avec une certaine surprise que, selon un classement de 2023, Chick-fil-A a le plus gros chiffre d’affaires national en ce qui concerne les restaurants de ce type, loin devant McDonald’s (5e) et Burger King (28e). C’est un peu comme le classement FIFA (dont le sponsor titre est d’ailleurs Coca-Cola) qui place l’Argentine et l’Angleterre respectivement à la troisième et quatrième place un peu à la surprise générale. C’est en tout cas ce que disait le classement live du site de la FIFA avant ce match, même si la dernière update officielle date du 11 juillet et la prochaine sera faite le 20.
Rendez-vous dans deux rubriques pour savoir ce que les deux formations valent vraiment. Tout en gardant à l’esprit que le seul titre mondial qui compte vraiment, le fameux Bâton de Nasazzi, est actuellement entre les mains de la Turquie et ne sera remis en jeu que le 25 septembre prochain en Ligue des Nations contre la France puisque les Turcs n’ont plus rejoué après avoir repris le trophée aux USA lors de leur dernier match de groupe le 26 juin dernier. Tout cela nous vient du compte X @baton2nasazzi qu’on croit sur parole parce qu’on a la flemme de scroller pendant des heures pour en arriver au point où le site de la Recreational Sport Soccer Statistics Foundation avait arrêté son décompte (en 2019). Mais libre à vous de le faire et de nous aviser en commentaires !
La minute Léonard Thurre Leo Messi
Autant vous le dire tout de suite: la RTS avait laissé son arsenal analytique dans le même placard où doivent encore se trouver les biscottes destinées aux tentatives de meurtre sud-américaines pour le remplacer par une bonne dose de ressenti et de fangirling.
On vous passe les différents passages de l’hagiographie de Messi (un sacré pavé au vu du pourcentage stratosphérique des 101 minutes passé par nos deux envoyés spéciaux transis à chanter ses louanges) sur un ton de plus en plus enflammé au fil de la soirée pour éviter de vomir. Notre duo était tellement émoustillé que tout s’est terminé par un « Messi sollicite le une-deux, presque le une-trois » pour le moins lunaire.
Parlons plutôt des vrais problèmes dans ce stade dont l’ambiance ferait passer la guerre des Malouines, la vraie, pour une croisière des pensionnaires des Baumettes sur la Venoge. Cédric Moret nous les expose dès la 2e minute: « Ici le wifi ne fonctionne plus. » Horreur.
Dix minutes plus tard, Léonard Thurre s’exclame: « Il faut que l’arbitre prenne le contrôle du match ! » C’est sa première rencontre de l’Argentine ? Bienvenue !
Pour ce qui est de la suite, impossible d’entendre nos deux commentateurs puisque c’est Leandro Paredes qui a tenu le crachoir le reste du temps.
Paredes en pleine discussion avec l’arbitre.
Le pronostic d’avant-match selon l’indice EPSTEIN (Epic Post-apocalyptic Soccer Tournament Enormous Index, North america)
Contrairement à certains soirs sur Little Saint James, on ne s’attendait pas spécialement à une orgie de football-champagne entre deux équipes du ventre mou de notre indice. On a effectivement bien fait.



Lors de la finale de la coupe du monde 2002, M. Collina était au sifflet. Durant les 2 premières minutes il y a eu deux fautes un peu plus appuyées que nécessaire, il a sorti deux jaunes directs. Durant les 80 minutes suivantes il n’y a eu que du foot et plus aucun avertissement.
J’aurais bien aimé avoir cet arbitrage hier (et pendant toute la compétition), histoire de voir l’Argentine jouer avant d’être menée au score.
Fred Scola était emballé par l’intensité, moi j’ai trouvé que la première mi-temps était vraiment pénible à regarder
Fred Scola ?
Oulah, pardon, c’était Cedric Moret.