Vous êtes collectionneur de maillots ? De la tunique du Winter Classic des Dallas Stars floquée Miro Heiskanen au chandail du LHC #22 Alex Tremblay sorti tout droit d’une saison 2010/2011 de sinistre mémoire en passant par le somptueux habit de lumière porté par l’OL Lyonnes de Selma Bacha en Women’s Champions League ou encore la tenue d’apparat de Chloe Kelly au moment de sceller la victoire des Lionesses à l’Euro 2025, vous les avez tous ? Même le numéro 18 d’un Roberto Baggio déjà presque oublié des siens à la Coupe du monde 1998 ne vous a pas échappé ? Essayez donc de vous procurer l’uniforme de la garniture féminine d’Yverdon-Sport et on verra de quel métal vous êtes réellement fait.
Et on pensait pourtant qu’entrer en contact avec un réparateur pour le store de notre balcon via l’entreprise en charge de la conciergerie à distance de notre immeuble était le graal ultime. Et on ne parle même pas de la serrure de la porte de la cave qui coince depuis des mois. On ne mentionnera aucun nom parce qu’on aime bien ne pas être SDF, surtout l’hiver. Même si on a quand même l’impression que le risque est assez limité. En effet, quelles sont les chances que l’entreprise en question consulte notre site ne serait-ce qu’une fois, c’est-à-dire plus souvent que ses e-mails ?
Bref, revenons à nos moutons, l’acquisition impossible d’un maillot de foot féminin. En septembre dernier, on s’était dit que l’Euro nous manquait et qu’YS était pour l’heure la meilleure solution en ce qui concerne le foot féminin d’élite pas trop loin de chez nous et sans trop de dissonance cognitive (coucou Servette). Le bon moment pour faire acte de présence régulière au Stade Municipal et même peut-être de fièrement porter les couleurs locales. D’autant que l’arrivée de Maéva Clémaron, ancienne joueuse d’Everton et Tottenham notamment (bon OK et aussi de Servette), 6 sélections et la Coupe du monde 2019 avec la France à son actif, fleurait bon la promotion ratée d’un rien la saison précédente.

Après la pluie vient toujours le beau temps.
Tiens, le numéro 92 floqué Clémaron, ce serait cool, non ? En plus, sans trahir de secret, ce double chiffre indicateur de l’année de naissance de son expérimentée propriétaire n’est pas si loin de celui qui correspond à la nôtre (et qu’on n’ose pas trop floquer parce qu’il a quand même quelques vieux relents d’escadron des années sombres).
Le 24 septembre dernier, on se lançait donc dans l’exercice périlleux de la commande dudit chandail par courriel, puisque pas disponible directement à la boutique. Cette cascade est réalisée par des professionnels, n’essayez pas à la maison ou lisez au moins la notice d’emballage si vous avez la flemme de consulter un spécialiste.
Euh mais ça a l’air assez facile tout compte fait : contre la modique somme de 119.-, on peut récupérer notre achat à la boutique lors du match à domicile du 4 octobre face à Oerlikon/Polizei (3-3). Voilà, c’est la fin de cet article.
Enfin c’est ce qu’on écrirait si on n’avait pas tenté (grand fou !) de mettre notre nouveau maillot à la lessive après utilisation, le tout en respectant le B-A BA du collectionneur invétéré qui tient à ses flocages : maillot à l’envers dans le tambour. Et en plus pas de buanderie collective d’immeuble pour risquer de se faire faucher le précieux bout de tissu, à l’image de cette tenue de Feyenoord recherchée par toutes les polices.
Pas de bol, le flocage susmentionné ne l’entendait pas de cette oreille et a décidé d’assez largement se décoller dans le processus. Bon. Retour à notre clavier pour innocemment (et en tout cas pas passif-agressivement) demander si cette partie du deal est normale. Réponse : non. Retour à la boutique le samedi 25 octobre en marge d’YSF-Lugano (8-0) pour échanger l’objet. Sauf que…

Oups !
Sauf que, après avoir débusqué le responsable marketing (à la boutique on n’est au courant de rien), il s’avère que plus aucune taille XL (oui, on est GROS) n’est disponible. On nous recontactera donc aux environs de Noël quand le nouveau stock sera arrivé.

On est d’accord que le Clémarongate reste assez bas sur l’échelle des accidents de lessive.
29 janvier 2026 : on avoue qu’on avait un peu oublié tout ça jusqu’à ce post Instagram d’Yverdon féminin annonçant une nouvelle rupture de stock de tous les maillots et conseillant la précommande aux intéressés. On recontacte donc le département marketing du club pour savoir ce qu’il en est du nôtre. Pas de réponse.
17 mars : allez, on retente. On reçoit enfin une réponse qui nous informe que les maillots féminins sont enfin arrivés et que notre flocage sera réalisé d’ici la fin de la semaine. Voilà, fin de l’article.
Mais non, pas du tout. On avoue que la prochaine embûche est pour notre pomme : notre emploi du temps ne nous permet pas de passer à la boutique du club avant le samedi 4 avril et la dernière rencontre (2-0 contre Ostermundigen) de la saison régulière brillamment remportée par Yverdon sans connaître la défaite. Ouf, on va enfin mettre la main sur ce damné vêtement. Ou pas.

– Soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? – Non, juste le soleil qui rougeoie et le ciel qui bleuoie. – Pas de maillot qui verdoie ?
À la boutique, on n’est toujours au courant de rien. Deux bières, un hot-dog, 90 minutes et quelques arrêts de jeu plus tard, on parvient péniblement à mettre la main sur quelqu’un qui semble dans le secret des dieux : la préposée à l’échange maillot défectueux-nouveau maillot est malheureusement partie en week-end et injoignable et personne d’autre ne sait où peut bien se trouver notre bien. On repassera. Sauf que le tour de promotion ne commence que le 25 avril, et pas forcément à domicile. On attendra donc…
… finalement un bon moment de plus puisqu’il se trouve que le tirage au sort a décidé que les joueuses d’Arnaud Vialatte joueront leurs deux premiers duels à l’extérieur et ne reviendront dans le nord vaudois que le… 10 mai à 14h30. On n’est plus à ça près.

La résilience, y’a que ça de vrai.
Le Major Davel soit loué, on nous confirme que la possibilité d’un envoi postal existe. On hésite. Au vu du reste de l’histoire, il y a 9 chances sur 10 qu’il se perde quelque part dans les méandres du centre de tri d’Eclépens. Ce qui serait quand même assez rigolo, alors on tente le coup. Comme on part en vacances à Londres du 10 (jour de l’envoi postal) au 16 avril, on prend le risque supplémentaire de laisser le colis traîner plusieurs jours dans notre boîte aux lettres dans le cas improbable où il arrive jusque-là. Quelle n’est donc pas notre surprise lorsqu’on découvre le paquet intact ainsi que son contenu à notre retour au bercail. Mais c’est peu dire qu’on appréhende la lessive du dimanche soir…

Et surtout la victoire au bout !
Il ne nous aura donc fallu que 7 mois, c’est-à-dire l’équivalent d’une gestation avec naissance ultra-prématurée, pour pouvoir revêtir la seconde version de ce qui était censé n’être qu’un achat compulsif de plus. On en connaît qui ont coché toutes les cases menant à une transaction immobilière plus rapidement. Bref, au moins on a fait le plein de mésaventures textiles pour les 10 prochaines années au bas mot, non ?
Vendredi 17 avril:

Oh for fuck’s sake.
Oui oui, on pensera à mettre de la ponctuation la prochaine fois. Mais cet oubli est-il aussi grave que remplacer le badge de vainqueur de la Champions League féminine pour la première fois depuis les Invincibles de 2007 par celui qui pend lamentablement le long des épaules voûtées d’une bande d’incapables destinés à perdre la Premier League sur le fil pour la énième fois au profit de City ? On vous le demande.
Bref, on vous invite à la buvette du Stade Municipal le 10 mai prochain en début d’après-midi avant le choc face à Lucerne pour connaître le fin mot de l’histoire et savoir si le fameux maillot #92 a survécu à notre lave-linge. Et au pire restez pour le match et même le reste du tour de promotion/relégation. Les deux premiers de LNB (Yverdon et Sion) et les deux cancres de Women’s Super League (Lucerne et Thoune) s’y affrontent pour savoir qui jouera en première division l’année prochaine. Il va falloir mouiller le… maillot.
Le bonus ? Aucun cortège de petits poucets de l’autocollant vengeur ne perturbera la circulation (et la vie en général) entre la gare et le stade pendant des heures avant et après le match, personne n’escaladera le grillage pour tenter de cracher sur les joueuses en cas de défaite et aucun affrontement entre ultras n’est prévu dans ou hors de l’enceinte. Bref, le port du maillot, même adverse, ne comporte aucun danger supérieur au péril causé par une lessive intempestive.

Prochainement sur Carton-Rouge, la saison 2 : à la recherche du badge perdu.

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