Comme à chaque fois qu’un club ne serait-ce qu’un tout petit peu romand (à 68% tout au plus) et donc forcément honni par le reste des cantons francophones (n’en déplaise au narratif fallacieux véhiculé par les médias locaux depuis bien trop longtemps) a remporté le titre de National League ces dernières années, on a quitté le pays de rage. Plusieurs fois pour être sûr. Qui plus est, ce genre d’occurrence auparavant aussi fréquente que le passage de la comète de Halley se rapproche dangereusement de la cadence des plaintes contre Patrick Bruel, et ce depuis le Covid. On vous avait bien dit qu’il y avait un souci avec ces vaccins. Bref, on n’est plus chez nous ma bonne dame, le grand remplacement est aux portes des forteresses zurichoises, bernoises et davosiennes autrefois imprenables. Fuyons.
« The horror ! The horror ! »
Joseph Conrad, Heart of Darkness
1er mai 2026, le lendemain du drame
On a donc revendu nos billets pour le championnat du monde (la BCF Arena, plus jamais !) et la prochaine Coupe Spengler (sans le Team Canada et avec les fantômes de deux titres fribourgeois !?) et on a fait nos valises pour Lyon, ou plutôt pour Décines-Charpieu et son Groupama Stadium pour assister à une affiche vue et revue par votre serviteur et donc sécurisante au milieu de cette saison sportive de l’horreur : la demi-finale retour de Women’s Champions League OL Lyonnes-Arsenal. Du seum, vous dites ? Allons donc, voilà qui serait peu Courtois de notre part.

Les Dragons d’Auckland Godisdrunk ont dû remporter le championnat national de hockey sur gazon contre toute attente.
On s’avance en terrain conquis, on connaît l’itinéraire par cœur, on a déjà chauffé notre ticket de T3 direction Décines… sauf que c’est le 1er mai. Et la fête du travail n’est pas un vain mot dans un pays aux acquis sociaux un poil plus ancrés qu’en Suisse, nation tout sauf ouvrière (plus de 400’000 cadres). L’esprit nous plaît assez, mais en pratique l’arrêt total du réseau des transports publics lyonnais nous coûte 60 euros de taxi.

Ah les cons.
Et on n’est toujours pas sûr que le chauffeur partage notre vision politique puisqu’il nous a tour à tour vanté les mérites de son indépendance (il bosse le 1er mai, lui), de la Suisse où les gens travaillent vraiment (même le 1er mai) et des… frontaliers qui font marcher l’économie française avec leur pouvoir d’achat supérieur, avant de se plaindre des salariés français qui mènent la vie dure aux patrons avec leurs congés et leurs revendications (les salauds !). Bon OK, on est assez sûr que non tout compte fait. Et on en conclut qu’un bon chauffeur de taxi et un bon coiffeur se doivent d’avoir une qualité en commun : le mutisme.

Les passagers du Genève-Lyon se ruent en direction des taxis après avoir réalisé que les TCL ne les mèneraient nulle part.
2 mai 2026, deux jours après le drame
Au réveil, on tombe (du lit) sur deux stories de Thomas Wiesel vantant les mérites de Gottéron et son public fantastique (mince, on avait oublié ce marronnier légendaire dans le bingo). On est tenté d’exécuter une double manœuvre passablement complexe, à savoir un « unfollow » immédiatement suivi d’un « signaler ce compte », mais on se souvient ensuite de cette célèbre sortie de Michael Jordan, accusé de se mouiller autant que Roger Federer en matière de questions raciales : « Republicans buy sneakers too. » Soit. Il doit rester quelques dates de spectacle à remplir outre-Broye.

À part ça on vous avait dit que le foot féminin n’intéressait personne ?
Direction la boutique et le musée pour passer le temps avant le match. Enfin seulement la boutique puisque le musée semble perpétuellement fermé (c’est le cas à chacun de nos passages depuis 2022). On commence même à se dire qu’il n’existe pas et que ce deuxième étage n’est qu’un gigantesque trompe-l’œil, un peu comme les usines russes dans Tintin au Pays des Soviets.

Vous êtes plutôt fondue ou écharpe moitié-moitié ?
Dans la boutique (dont l’existence est confirmée année après année), on croise un groupe de supportrices venues se plaindre d’un flocage défectueux et on se dit qu’on devrait leur envoyer notre dernier article. On vous passe les détails de l’odeur pestilentielle d’hypersudation qui règne dans les cabines d’essayage car il est ardu d’écrire en se pinçant le nez.

North London forever.
En parlant de tarin, les quelques dizaines de fans d’Arsenal présents dans l’ancienne capitale des Gaules (un comble pour l’actuelle capitale mondiale du foot féminin) ont déjà quelques pintes dans le nez sur les coups de 15h00, lorsque la rencontre débute. La faute à la brasserie Ninkasi locale, transformée en pub londonien en avant et en après-match, puisque les Gooners ont également pu y suivre la victoire 3-0 des lads face à Fulham un peu plus tard dans la soirée.

On n’ira pas jusqu’à dire que les Lyonnes ont joué sur une patte, mais presque.
Voilà qui leur aura peut-être remonté le moral puisqu’Alessia Russo & Co n’ont pu faire mieux qu’une défaite 3-1 (2-1 en leur faveur à l’aller) scellant leur élimination. Enfin probablement pas puisque le titre de City est aussi inéluctable que la mort, les impôts et sept volte-faces hebdomadaires de Trump au sujet du détroit d’Ormuz. Le titre sera d’un bleu pâle mancunien chez les hommes et chez les femmes d’ailleurs cette année. Encore un truc qui devait être gravé au fond d’un caquelon (ou d’un Lancashire Hotpot).

Même les duels physiques livrés hors des limites du terrain on été remportés par l’OL.
Bref, retour au match. On vous le fait en bullet points (avec l’approbation des Gunners) :
– une triplette rhodanienne incandescente: Lily « roulette » Yohannes (la plaque tournante au milieu du haut de ses 18 ans) / Melchie Dumornay (provoque le penalty du 1-0, assist sur le 3-1 de Jule Brand à la 86e minute) / Kadidiatou Diani (marque le 2-0 à la 36e)
– un duo Maître-Padawan Wendie Renard (35 ans, 133 apparitions en WCL, 11 finales et 8 titres) / Selma Bacha (25 ans, évolue dans la compétition depuis ses 17 ans, déjà 4 titres en 5 finales) des grands jours
Le saviez-vous ? Il faut 300 matches pour être parfaitement bilingue norvégien-français.
– tous ces chiffres sont l’occasion de rappeler que l’OL Lyonnes jouera sa 12e finale de Women’s Champions League en 25 éditions le 23 mai à Oslo face au FC Barcelone (on croise les doigts pour que le corps arbitral soit un peu moins partial que Stéphanie Frappart lors de la demie retour Barça-Bayern)
– Brand était aussi en feu (1 but et 1 assist), mais les calembours germanophones ont moins de succès dans ces colonnes

– On avait pas dit que tu t’occupais de Kelly et Maanum ? – Mais non, moi j’ai déjà Russo qui joue les promeneurs solitaires et Foord qui a enclenché la deuxième !
– des Londoniennes septentrionales ayant laissé la plupart de leurs munitions à l’Arsenal à l’exception de Smilla Holmberg introduite trop tard (70e) qui en a montré plus en 5 minutes (assist sur le 2-1 de Russo) qu’Olivia Smith en 75 malgré une différence de coût de plus d’un demi-million d’euros entre les deux joueuses
– 4 buts valables, 2 buts annulés, 1 penalty d’abord non sifflé puis corrigé avant d’être manqué puis retiré et finalement marqué après consultation de la vidéo, 5 interventions de la VAR, une latte, un poteau et 14 minutes d’arrêts de jeu
On se dit souvent que le foot devrait se doter de vraies règles comme celles du basket s’il voulait devenir un sport sérieux, mais en même temps on rigolerait beaucoup moins.

Contrairement à son pote Peter, Wendie (1m87) n’a jamais refusé de grandir. Vieillir par contre, c’est une autre histoire. Personne n’avait marqué en WCL à un âge aussi avancé (1-0 sur ce fameux penalty non-oui-ah non-mais quand même si de la 22e minute).
On notera encore les crises de confiance d’Ada Hegerberg, meilleure buteuse de l’histoire de la Ligue des Championnes (69 buts) qui jouait son 300e match en carrière, et de Marie-Antoinette Katoto, trois fois reine des buteuses du championnat de France avec le PSG (2019, 2020, 2022) et meilleure finisseuse de l’histoire de son ancien club parisien (179 réussites), qui feraient une passe en retrait à bout touchant devant une cage vide pour éviter de tenter leur chance à ce stade de leur vie professionnelle. Comme dirait un supporter local situé juste derrière nous, « avec Marie-Antoinette c’est toujours des histoires de tête. » Il va sans dire qu’on lui a immédiatement transmis les coordonnées de la rédac’ et un bon pour le prochain apéro à faire valoir au stand à p’tits shots.
On vous recommande les highlights, surtout si vous n’avez pas compris grand chose à cet article abscons.
On vous avait dit qu’on quittait le pays de rage et même plusieurs fois pour être sûr. Si vous êtes sages on vous racontera peut-être nos adieux à San Siro (et peut-être à une place européenne pour les Rossoneri au vu de la direction que prend cette saison décidément funeste) le 24 mai prochain.

D’ici là on n’aura sûrement toujours rien compris à la VAR (il paraît que c’est parce qu’on ne peut pas marquer avec le coude).

Fuir l’outre-Broye pour Lyon dans un taxi et régresser dans les boutiques, rien n’y fait, l’ambivalente fondue se rappelle au tarin des incrédules et des iconoclastes ; on ne peut faire taire la « bonne nouvelle » ni les chauffeurs le 1er mai, elle s’immisce dans toutes tes pensées, elle est centrale, elle est partout. En effet, comme disait l’autre : « Dieu est la sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence nulle part », autrement dit Gottéron !