Le camp de pré-saison est enfin terminé pour le LHC. Après avoir englouti le modeste 12e de la dernière saison régulière et 10e de la précédente (11-0), gobé les spécialistes de la panne sèche à l’instant fatidique année après année à une exception davosienne près pendant les fêtes (5-1) et fait qu’une bouchée de l’ex-coup d’un soir de Mme Boltshauser (6-3), il était temps de montrer à l’Europe du hockey de quel bois était véritablement faite cette équipe bâtie pour empiler les buts des deux côtés de la patinoire. Pour ce faire, quoi de mieux que le fameux Lví Derby (le pluriel de lev étant lví en tchèque, comme chacun sait) face au terrible Mountfield HK ? Qui ça ? Mais oui, le finaliste malheureux en 2020 d’un tournoi continental qui n’est autre que le phénix des compétitions sportives mondiales, étoile brillant plus que toute autre au firmament de la Voie lactée des joutes internationales, juste devant la Conference League et la 28e édition des Geneva Tchoukball Indoors !
C’est en tout cas comme ça qu’on avait prévu de commencer notre article sur le match décisif pour la qualification du Lausanne Hockey Club en huitièmes de finale de Champions Hockey League. Las, comme la 4e ligne prillérane, seule partie de l’escouade de Geoff Ward s’étant effectivement déplacée à Grenoble, a réussi le rare exploit d’aller perdre un match de hockey sur glace en France (!!!) en y encaissant la bagatelle de 7 buts, rendant par là même la rencontre suivante absolument inutile, on a décidé de quitter le pays de rage et d’y aller aussi, tiens, en France.
Et comme les Lions de Malley n’ont même pas essayé de camoufler leur dédain pour cette compétition pour laquelle on adorerait pouvoir vibrer, c’est auprès des Lyonnes de Michele Kang qu’on s’est consolé, puisque Melchie Dumornay & Cie ont une tout autre considération pour la Women’s Champions League et sa coupe aux petites oreilles décollées que celle des Vaudois pour sa cousine hockeyistique en papier d’alu.
Oui, c’est bien de foot féminin et plus précisément de l’IM-MAN-QUA-BLE diptyque OL Lyonnes-SKN St. Pölten (mercredi 15 octobre) / OL Lyonnes-FC Nantes (samedi 18 octobre), comptant respectivement pour la WCL et l’Arkema Première Ligue, qu’on va vous parler. Restez, on va se marrer quand même.

– Un jour viendra, le soleil éteindra sur moi sa lumière et se lèvera pour faire de toi le nouveau roi.
– Et tout ça m’appartiendra ?
– Absolument tout.
– Tout ce qui est dans la lumière… Oh ! Et l’endroit qui est dans l’ombre aussi ?
– Notre royaume s’arrête à cette frontière. Tu ne dois jamais y aller. C’est le foot masculin et Lamine Yamal y signe des autographes payants. Jouait-il à l’ego quand il était petit ?
Le contexte
Comme chacun sait, la Ligue des Championnes a bassement imité sa collègue masculine (et sa cousine lointaine hockeyistique) en instaurant la tristement célèbre phase de ligue dès cette saison. Voici où on en était avant ce choc absolu entre les Lyonnaises et les décuples championnes en titre d’ÖFB-Frauenliga:

Quand on sait que l’Atletico a perdu sur le même score face au Barça le week-end suivant, ça vous place le niveau stratosphérique de l’Helvético-Américaine Viktoria Laino et ses coéquipières.

Comme c’est parti, le goal average de 4-20 obtenu par les Autrichiennes en 2024/2025 sera aisément battu. Honnêtement ça nous rappelle un peu le classement du LHC en CHL, même si Czarnik et ses potes ont quand même réussi l’exploit de terminer devant Belfast et ainsi éviter la dernière place. Dommage. Lanterne rouge européenne, ça aurait compté comme un premier titre dans l’histoire du club, non ?
Bon, et en Première Ligue alors ? On y vient:

Eh oui, c’est bien un duel au sommet dont on parle, bien aidé par le début de saison aussi efficace qu’une Journée Oser Tous Les Métiers passée auprès de Sébastien Lecornu des deux clubs parisiens habituellement seuls (pseudo-)contradicteurs des vainqueurs de 17 des 18 derniers titres de championnes de France.
Les matches en deux scores


Neuf buteuses différentes, s’il-vous-plaît ! Encore un truc qui va rassurer les adversaires…
Vous aurez noté en regardant les highlights que Marie-Antoinette a soigneusement évité de marquer de la tête, question de superstition.
Les trois étoiles du match La femme des matches
Lily Yohannes, 18 ans, et son lob de 40 mètres* qui valait à lui seul le prix du billet mercredi soir. Bon OK, ledit billet ne coûtait que 10 euros, mais quand même.
*Pas de bol, pour une fois que Carina Schlüter et St. Pölten pouvaient s’avancer…
La buse des matches
Le musée de l’OL. Ça fait trois ans qu’on essaie de le visiter, mais apparemment il n’est ouvert que pendant les vacances et les week-ends, mais pas vraiment le samedi ni les jours de match et encore moins les semaines de transition à Matignon. Et on imagine que c’est mort pour 2026 comme ce n’est pas une année bissextile. Le musée du LOL plutôt.
D’ailleurs on se demande s’il y a vraiment un musée derrière ce mur. On pourrait vous faire croire qu’on est plus vieux ou plus téméraire qu’on ne l’est en réalité et vous dire que ça nous rappelle des vacances en URSS ou en Corée du Nord, mais on se bornera à une vanne sur les grandes heures de France Télévisions plus bas pour combler notre public d’un âge certain.
Le tournant des matches
Le moment où Jonatan Giráldez a décidé d’aligner une équipe B face à St. Pölten*. Mais non, on déconne. Au vu des velléités offensives proches du néant des adversaires et de leur incapacité à aligner deux passes consécutives, l’academy aurait probablement aussi parfaitement fait l’affaire.
*Littéralement d’ailleurs puisque le technicien espagnol a changé ses 11 joueuses entre les deux matches de la semaine.

Teagan Micah, gardienne d’un soir pour les Lyonnes, explorant une partie du terrain qui restera un mystère pour les attaquantes adverses.
Le slapshot en pleine lucarne du match L’esthète des matches
Christiane Endler. La Chilienne, titulaire habituelle dans la cage des Lyonnes, a eu à peu près autant de travail que sa collègue Micah trois jours plus tôt. Sa seule intervention a eu lieu à la 40e minute devant Lucie Calba et la façon dont elle lui a enlevé le ballon d’une seule main comme s’il s’agissait de chasser un moucheron taquin lui vaut à elle seule sa place dans cette rubrique.
Korbin Shrader (née Albert), un autre sacré talent malgré ses tendances homophobes (un comble dans ce milieu)*, mérite également une mention pour son bijou d’ouverture du score (7e minute) et son assist chirurgical sur le 4-0 (35e).
*On fera des vannes sur le fait que son entraîneur au moment de la polémique sur fond de tweet religieux-trans/homophobe se nommait Jocelyn Prêcheur une prochaine fois, promis.
Le vieux rotoillon en cloche du match Le geste pourri des matches
L’attitude du FC Nantes, deuxième du championnat après quatre journées (et désormais cinquième), qui rendait visite au leader incontestable (et surtout semble-t-il incontesté) sans avoir préparé quoi que ce soit. C’était quoi le projet ? Y’en avait-il un ? On a d’abord pensé que les Jaune et Vert venaient faire un peu de villégiature et s’envoyer quelques pintes de Ninkasi, mais leur refus manifeste de visiter ne serait-ce que la moitié de terrain adverse nous a vite ramené à la raison sur ce point.

Quand ta gardienne s’apprête à dégager aux 6 mètres et que la défense adverse ne recule pas au-delà du rond central, c’est qu’il y a un petit souci.
Le petit se déplace souvent chez le gros un peu enveloppé dans l’espoir de ne pas perdre, mais ce n’était visiblement même pas le cas. Eviter d’en prendre 15 et marquer le but de l’honneur a semblé tout à fait suffire au bonheur des Canaries.
Et pourtant l’entrée d’Eva Sumo (71e) nous a fait croire l’espace d’un instant que les Nantaises étaient finalement prêtes à envoyer du lourd.
Le chiffre à la con
5-4-1. Comme le dispositif tactique du SKN St. Pölten en phase défensive mercredi soir. Et encore, on soupçonne l’avant-centre d’avoir eu un peu la flemme et d’avoir refusé d’appliquer le 5-5-0 demandé. C’est bien la première fois qu’on voit un dépôt de bus entier délocalisé sur un terrain de football. Le fait que la charmante (on imagine) bourgade de St. Pölten se situe en Basse-Autriche ressemble de moins en moins à une coïncidence.

Honnêtement, on ne s’explique pas comment les Autrichiennes ont réussi à être sanctionnées d’un hors-jeu.
Vous pouvez insérer les termes « FC Nantes » en lieu et place de « SKN St. Pölten » dans le passage précédent et le relire. Il s’applique parfaitement au match de samedi, à trois hors-jeux supplémentaires, un but marqué sur un gros malentendu et un peu moins d’efficacité défensive près.

Heureusement, il y a l’échauffement pour permettre à Ada, Jule, Lily et consorts de jouer à vitesse réelle.
L’anecdote
On se moque souvent des Américains et de leur propension à confondre la Suisse et la Suède et à penser que l’Irak et l’Afghanistan sont des pays frontaliers du leur. Mais quid des Français ? Petit dialogue en tribunes mercredi soir avec deux ressortissants lyonnais (un échantillon ultra représentatif des 520’774 habitants du lieu évidemment), pour voir:
Couple local derrière nous, devisant au sujet de l’adversaire du soir: « C’est des Norvégiennes, non ? »
Couple local derrière nous, après notre aimable correction au sujet de la provenance des joueuses de St. Pölten: « Alors les Norvégiennes c’est… *regarde la liste des matches* … c’est pas Wolfsburg ? » (Là on a laissé dire, on partait de trop loin et le match allait commencer)
Couple local derrière nous, après l’ouverture du score de l’Allemande Jule Brand et les hurlements subséquents du speaker: « Ça se dit pas Jules ? » « Mais non, pas en autrichien, c’est ‘Youleuh’ ! »
Couple local derrière nous, après le premier changement du match, dont le contenu est immédiatement traduit par une speakerine germanophone au profit des… euh… eh bien de personne puisqu’il n’y avait pas d’Autrichiens dans le stade: « Eh ben comme ça tu auras entendu de l’autrichien ! »

Pendant ce temps, Fanni Nagy (no16) sommait ses coéquipières de ne pas oublier les paroles. Dans la langue de l’Empire austro-hongrois on imagine.
Au fait, vous savez quoi ? Nos voisins trois jours plus tard étaient un couple… suisse-allemand. On n’y comprend plus grand chose non plus pour le coup.
Et sinon dans les tribunes ?
La LFP n’a décidément rien compris au foot féminin et c’est bien dommage. On le leur accorde, ils ne peuvent pas grand chose aux horaires de Champions League (18h45 et 21h les mardis, mercredis ou jeudis), à l’emplacement excentré du Groupama Stadium (à 20 km du centre de Lyon) ou encore à la faiblesse des victimes expiatoires autrichiennes et bretonnes. On pense qu’on ne peut pas vraiment leur reprocher non plus la série de concerts d’Indochine ayant lieu à la LDLC Arena voisine entre le 10 et le 18 octobre. Mais quand on sait que le public de ce sport (le foot féminin, pas les concerts d’Indochine) est majoritairement familial et qu’on persiste à organiser les rencontres de championnat le samedi soir à 21h, c’est qu’on n’a pas envie de voir du monde au stade. Ou alors qu’on est complètement c… enfin bref.

On ne vous reparlera guère d’Indochine dans cet article.
L’affluence exacte de mercredi soir ne sera jamais annoncée à la foule peu compacte, mais à vue de nez (surtout celui muni de poils proéminents et capable de reniflements de stentor de notre voisin de gauche), en tout cas pas plus de 10’000. En tout cas pas en effet, puisque L’Equipe fera état de… 3139 spectateurs dans son édition du lendemain. Les octuples lauréates du plus beau trophée européen méritent mieux.
En ce qui concerne samedi, toujours pas d’annonce pendant la rencontre, mais c’était quand même plus que mercredi, non ? Eh bien pas du tout. L’Equipe décompte cette fois 2500 sièges investis d’un postérieur (2800 selon Le Progrès). On est tellement désespéré à ce stade du côté de la billetterie lyonnaise qu’on a décidé de brader les entrées pour le prochain match à domicile face au Paris FC le 1er novembre prochain (50% avec le code VICTORIA et dès 3 euros pour les bambins si ça intéresse quelqu’un).

Comme il serait dommage de passer Bayonne sous silence, voici les records absolus d’affluence au Groupama Stadium.
La minute Jonas Junland Wendie Renard et Tarciane
Les tours jumelles (1,87 m et 1,83 m) de la défense des Fenottes sont plutôt à l’aise lorsque leur équipe a la possession du ballon et que le pressing adverse est aussi inexistant que celui qui n’était donc pas exercé par les Nantaises samedi soir. Par contre, lorsqu’il s’agit de défendre… à les voir patauger, on aurait dit qu’on avait demandé au Conseil fédéral de reconnaître la Palestine. Roseline Eloissaint n’en demandait pas tant au moment de réduire le score sur ce qui restera le seul tir cadré de son équipe (50e, 4-1). Visionner les images de cette scène sans avoir ingéré un Valium au préalable est à vos risques et périls.

Notre duo magique vit sa meilleure vie, marquées à la culotte qu’elles sont par une offensive nantaise qui n’en est apparemment pas encore arrivée au terme « Gegenpressing » dans son apprentissage de la langue de Jule Brand.
Au passage, quand on voit évoluer la capitaine rhodanienne au petit trot et avec la sérénité de Renaud aux Victoires de la musique 2003, on valide la décision de Laurent Bonadei de passer à autre chose en équipe nationale. Selma Bacha, même si dans un rôle un peu différent, nous fait nettement moins froid dans le dos.
Tiens, au fait, Renard (27e, penalty, 3-0) et Tarciane (89e, 6-1, sur assist de Renard) ont toutes les deux marqué. La Brésilienne est même entrée dans le but avec le ballon, rêve de toute joueuse catalane qui se respecte. On ne sait pas de quoi on se plaint en fait.

Tarciane en position… d’avant centre. Normal.
La rétrospective des prochains matches
En vrac:


Hey Google, faudra voir pour bosser sur la mise à jour de ces logos. Surtout celui des… euh… Norvégiennes.
Post-scriptum
On a remarqué que la Team Premier Degré se fait de plus en plus présente parmi nos lecteurs (bienvenue !). Pour ses membres, on précise quand même que malgré le fait qu’on ait ironisé pendant plus de 2000 mots sur les différences de niveau en championnat de France, on est bel et bien au courant que le budget de l’OL dépasse les 10 millions d’euros contre presque 2 millions pour le FC Nantes et que le salaire moyen d’une joueuse professionnelle lyonnaise est de 20’000 euros mensuels (plus gros salaire: Tabitha Chawinga, 80’000 euros, c’est-à-dire un jour et demi de dur labeur pour Ousmane Dembélé) alors que celui d’une semi-pro de Loire-Atlantique est de 2800 euros (sources: L’Equipe, Ouest-France). Voilà qui limite les possibilités d’être surpris un soir de match, en effet.
C’est fou, on dirait presque que l’instauration d’un suspense artificiel via des playoffs en fin de saison ne suffit pas à développer le foot féminin français dans son ensemble…

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