Yes, SUI-CAN !

Alayah Pilgrim for President

Tu n’étais pas à Lucerne pour ce match capital en vue de la reconduction du contrat de Pia Sundhage (🤞🏻) à la tête de la Nati féminine ? Fais comme Evelyne : Viens, on t’emmène dans une Swissporarena pleine à craquer (en tout cas on aurait aimé) pour un résumé comme toujours hyper factuel des retrouvailles avec les héroïnes de l’Euro trois mois après leurs exploits estivaux. Par souci d’inclusion envers les cinq courageuses francophones noyées dans la liste des 24 Canadiennes sélectionnées pour ce rassemblement d’octobre et catapultées dans la partie de notre pays la plus linguistiquement inhospitalière, on a adapté nos rubriques pour l’occasion. Oui, Carton-Rouge se lance dans le soccer et l’humour cringe, il y a un début à tout. Et ça permettra peut-être à la rédaction de MySports de se mettre au foot féminin, qui sait ?

La game en deux mots

On va vous mettre le titre d’un des polars médiocres de Freida McFadden, c’est toujours pratique pour les banalités en exactement deux mots : The Coworker.

La collègue un peu pénible, dans notre cas, c’est Alisha Lehmann. On pensait que l’Euro avait définitivement convaincu nos médias de parler foot et pas juste maquillage. Que nenni. Que ce soit Blick ou la RTS, tout le monde s’est jeté sur le filon Mercury 13 ces derniers jours, sous prétexte de nous parler de ces investisseurs spécialisés dans le foot féminin pour quand même finir par se focaliser sur la vue idyllique sur le lac depuis la nouvelle demeure d’Alisha, qui s’y sent d’ailleurs déjà Côme chez elle.

Hein ? Ah non, en fait, c’est simplement deux fois le même article fourni par l’ATS. Nos plus grands médias nationaux en libre accès ont donc l’air d’avoir prévu de se contenter de compte-rendus d’agences pour le homecoming de la Nati après l’Euro. L’héritage semble sur les bons rails…

Bref, nous on va essayer de vous parler des protagonistes du terrain. Un peu comme La Liberté tiens, à qui l’on doit cet article sympa sur Leila Wandeler et son nouveau quotidien londonien avec vue sur le… ah non.

La madame de la game

Alayah Pilgrim. L’autrice du seul but de la rencontre à la 12e minute à la réception d’un centre de Sydney Schertenleib initialement complètement caviardé par Riola Xhemaili a mis sous pression l’arrière-garde canadienne à chaque fois qu’elle a touché le ballon dans son style tout en puissance.

Sans vouloir jeter des fleurs à Pilgrim, sortir son élément le plus en vue à la pause, c’est le bouquet.

Quelqu’un nous expliquera peut-être quel esprit malin a possédé sa coach lorsqu’elle a décidé de la sortir après seulement une mi-temps alors qu’elle était clairement la meilleure joueuse sur le terrain. La première sélection de Leela Egli pouvait sûrement attendre une quinzaine de minutes supplémentaires. D’autant plus que le XI de base de la Nati, mené par la nouvelle génération, ressemblait quand même fort à un statement de sa sélectionneuse en quête d’un nouveau contrat la menant (au moins) jusqu’au Brésil en 2027.

Un duo dont c’est peu dire qu’on attendait la titularisation simultanée depuis longtemps.

D’ailleurs c’est bien simple: la défense des visiteuses ne sera plus jamais inquiétée après la sortie de la numéro 20 locale, la seule qui semblait être capable de mettre physiquement en difficulté l’imposante paire de centrales Jade Rose-Shelina Zadorsky, même si le duel Schertenleib-Rose avait été pour le moins piquant en première période. Le dernier changement offensif suisse est intervenu trop tardivement (84e) pour que Jessie Fleming et Cie n’aient à mettre en place une stratégie No Csillag.

Csillag aux prises avec une initiative citoyenne.

La joueuse qui dormait au gaz et a (quasiment) forcé son équipe à tirer de l’arrière

Smilla Vallotto. Après avoir presque causé l’égalisation adverse à 4 minutes du terme du temps réglementaire (on vous en reparle tout de suite), la néo-Wolfsburgeoise (on dit sûrement comme ça, non ?) a récidivé dans les arrêts de jeu. Le fait que ce soit une dénommée Noëlle qui récupère le cadeau de sa coéquipière juste devant la ligne ne peut pas être une coïncidence.

Le point tournant de la game

La blessure d’Olivia Smith à la 32e minute. On n’aimerait porter malheur à personne, mais la partie du corps concernée (le bas pour nos lecteurs hockeyeurs) et la façon dont l’infortunée attaquante d’Arsenal a dû quitter la pelouse nous fait craindre la blessure la plus tristement célèbre du foot féminin, habituellement synonyme d’un minimum de 9 mois sur la touche.

Quand la médicomobile entre en scène, c’est que c’est du sérieux.

La joueuse qui a planté le dernier clou dans le cercueil de son équipe

Janine Sonis. La joueuse du Racing Louisville FC en NWSL nous a beaucoup impressionné tout au long de la soirée sur son aile gauche, sauf à la finition. En effet, la native du Colorado était paradoxalement la seule joueuse à la feuille d’érable à se montrer dangereuse pendant 90 minutes, tout en vendangeant absolument toutes ses occasions, dont un tir un rien au-dessus en tout début de match, un autre brillamment contré par Livia Peng (18e), une chandelle qui doit se trouver quelque part entre la Grande Ourse et Pégase à l’heure actuelle alors qu’elle était seule dans la surface helvétique (53e) et une frappe sur le poteau après une horrible perte de balle de Vallotto dans l’axe (86e). Le jour où elle concrétisera ses occasions, elle sera super, Sonis.

Sonis (numéro 16) entourée par une Nati en mode hérisson. 

Le chandail de la discorde

Quelqu’un va-t-il finir par nous expliquer (info@carton-rouge.ch si jamais) pourquoi diable la Nati féminine n’est pas autorisée à rejouer dans le maillot qui avait été conçu spécialement pour elle à l’occasion d’un grand tournoi après le grand tournoi en question ? C’était arrivé après la Coupe du monde 2023 et rebelotte ce soir pour la première sortie depuis l’Euro 2025. Le fait que les deux tuniques susmentionnées sont largement les moins moches que Puma a daigné produire sur les deux dernières décennies et que celle qui n’arrête pas de revenir les suppléer est cette sainte horreur grenat ne fait qu’ajouter l’insulte à l’injure.

Au fait, pour les fans de Schertenleib, on floque quoi ? Le 7 ? Le 22 ? Le 10 ? Le département marketing veut savoir.

Les chiffres niaiseux

0. Comme le nombre de minute jouée par Alisha Lehmann, et ce malgré sa Côme toujours aussi bien huilée décrite dans notre première rubrique (et apparemment ses talents oratoires en avant-match). Franchement, on comprend de moins en moins ce qu’elle fait là. Seraina Piubel, écartée du cadre tant pour le rassemblement qui nous occupe que pour l’Euro, a probablement aussi quelques questions à poser.

Est-ce complètement Beney de notre part d’imaginer préserver un des quatre poumons d’Iman en lui donnant un rôle plus strictement offensif ?

90. Comme la durée en minutes de la titularisation d’Iman Beney, sans compter la tripotée d’arrêts de jeu cumulés sur les deux mi-temps. Le travail que Sundhage lui demande dans ce fameux rôle de piston est tout bonnement herculéen en termes de terrain couvert, du nombre de sprints à effectuer et de ballons chauds à récupérer dans à peu près toutes les zones, y compris pour suppléer un duo Viola Calligaris-Julia Stierli un brin tremblotant en défense centrale. Difficile toutefois de trouver le temps ou l’énergie d’attaquer avec un poste pourvu de telles responsabilités, le tout à 19 ans.

Bref, deux salles, deux ambiances.

L’anecdote (pas de quoi écrire à sa mère, mais on vous la raconte quand même)

Olivia Smith, 21 ans, est devenue la joueuse la plus chère de l’histoire en passant de Liverpool à Arsenal contre le montant d’1 million de livres sterling le 17 juillet dernier. On espère que l’Ontarienne a rapidement pris la mesure de ce titre on ne peut plus honorifique dans notre monde capitaliste puisqu’il était déjà nul et non avenu un mois et mèche plus tard, surpassé par le transfert de Lizbeth Ovalle *insérez une vanne de rugby ici* des Tigres à Orlando Pride. À l’heure où on écrit ses lignes, la Mexicaine a elle aussi été dépassée par le passage de la Française Grace Geyoro du PSG à London City Lionesses pour £1,4 million et Smith se retrouve quatrième du classement puisque la fusée américaine Alyssa Thompson (11 secondes 74 sur 100 m) est venue s’intercaler en troisième position à son arrivée à Chelsea en provenance d’Angel City. L’entier du top 10 des transferts de l’histoire date d’ailleurs des deux dernières années. Le foot féminin, en pleine expansion ? En tout cas à son sommet, oui. Pour le reste, libre à vous de croire à la théorie du ruissellement (ou au Père Noël).

Smith, tout à gauche, aux prises avec Xhemaili juste avant sa blessure qu’on espère moins grave que prévu.

Et présentement dans les estrades ?

10’025 spectateurs (dont largement moins de Romands que de Canadiens) étaient présents à la Swissporarena. Enfin, quand on dit « présents », on parle de ceux qui ne sont pas arrivés 25 minutes en retard ou n’ont pas passé la moitié de leur temps à faire des aller-retour entre la buvette et leur siège tout en nous faisant opérer force génuflexions à chacun de leurs passages dans une ambiance finalement toute nord-américaine (le free refill en moins). C’est-à-dire à peu près personne au sein de notre bloc C4, pourtant censé être de loin le plus explosif du stade.

C4 allume la mèche dès le coup d’envoi.

Vanne éculée à part, on saluera tout de même l’idée de distribuer des casquettes rouges à croix blanche gratuites à tout le monde, histoire de quand même donner l’impression d’un solide soutien populaire. En effet, si le port du maillot écarlate en été va de soi, celui de la doudoune de la même couleur une centaine de jours plus tard, c’est plus compliqué. On ne s’attardera pas sur le one size fits all mensonger de ces couvre-chefs sinon vous allez encore croire qu’on a la grosse tête à CR.

La minute Sandy Maendly

Comme on était au stade, pas de diffusion sur l’antenne de la RTS pour nous. Pia Sundhage a toutefois fait le job pour cette rubrique au pied levé en conférence de presse d’avant-match. « Qui jouera au but ? » « Nous verrons. » « Riola Xhemaili sera-t-elle titulaire ? » « Nous verrons bien. » « La Suisse va-t-elle gagner ? » « Je pense que nous avons une bonne chance. » Personne ne serait plus déçu que les représentants des médias si le contrat de la Suédoise n’était pas renouvelé. L’excellentissime Lionel Pittet nous en dit d’ailleurs un peu plus sur les tenants et les aboutissants de cette situation ubuesque dans les colonnes du Temps.

En parlant de journalisme, on notera tout de même pour rendre à César ce qui lui appartient que Blick francophone avait bel et bien un envoyé spécial sur place qui s’est fendu d’un papier un peu plus détaillé qu’une dépêche d’agence ainsi que d’un carnet de notes interactif des joueuses (on espère que vous n’avez pas manqué les NEUF LIGNES – douze avec le chapeau, vingt si vous lisez sur votre natel – publiées sur le site de la RTS en guise de résumé de la partie, de quoi donner au grand public romand l’envie de participer à la fête).

Y’a-t-il une pénalité pécuniaire si Alisha n’est pas mise en avant ? Faut-il vraiment chercher le buzz à chaque fois ?

La rétrospective de la prochaine game

La Nati s’en ira à Dunfermline pour y affronter l’Écosse mardi soir. On espère que le stratus permanent qui a décidé d’agrandir son rayon d’action d’Yverdon à tout le nord des Alpes il y a déjà 15 jours aura fait le taf’ en termes d’acclimatation aux conditions locales pour les Suissesses. Beney évoluant à Manchester, pas d’inquiétude la concernant sur ce plan.

Le Sundhage d’après-match

(On vous avait dit que Pia n’avait pas encore resigné ?)

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A propos Raphaël Iberg 260 Articles
"Chaque matin on prend la plume parce que l'on ne peut plus faire autrement sous peine de malaise, d'inquiétude et de remords." Maurice Leblanc

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