Clubbing : le guide de la Women’s Europa Cup

À l’heure où les participantes à des Mondiaux d’athlétisme doivent prouver qu’elles ne sont pas des hommes pour avoir le droit d’y être, les joueuses de foot font en sorte de gommer les différences entre genres une à une, à commencer par une explosion de transferts en direction de l’Arabie saoudite et la création d’une deuxième compétition européenne. Si ça ne vous dérange pas, on va commencer par s’intéresser à la seconde citée, la Women’s Europa Cup. On causera de Kathellen, Asisat Oshoala, Dzsenifer Marozsán, Jéssica Silva, Amel Majri et la Saudi Women’s Premier League un autre jour (ou même jamais, soyons fous).

Le format

S’il y a une deuxième compétition européenne, c’est qu’il devait bien y en avoir une première quelque part. En effet ! Si vous ne connaissez pas encore la Women’s Champions League, n’allez surtout pas (re)lire nos présentations de ce trophée vieux comme le monde (création en 2001) ici et . En effet, le format dont on parle dans ces articles est aussi obsolète que la vision du monde d’un Jeune UDC (oh le bel oxymore) puisqu’on est passé depuis de la phase de groupes traditionnelle à la désormais fameuse phase de ligue chère au foot et au hockey masculins et aussi opaque que nos lunettes en sortant d’un sauna.

Foin d’opacité ou de phase de ligue en Women’s Europa Cup cependant ! Euh enfin foin de phase de ligue, pour l’opacité on verra plus tard… Afin que la première édition de ce nouveau tournoi puisse se tenir lors de la saison 2025/2026, l’UEFA a donc (on imagine) créé de multiples groupes de réflexion dans le but d’en tirer des groupes de travail qui à leur tour étaient chargés de trouver un nom et une formule à cette compétition. Nous sommes le 4 décembre 2023. À peine douze mois et mèche plus tard, tout ce beau monde, probablement richement rémunéré par ailleurs, revient avec une idée ré-vo-lu-tion-nai-re : la Women’s Europa Cup (il fallait y penser à ce nom, hein ?).

Bon, on se moque (oh si peu), mais figurez-vous que cette appellation a carrément un sens puisqu’il s’agit bel et bien d’une coupe (et donc pas d’une ligue). En effet, la phase principale du nouveau joujou de l’UEFA est un tableau avec des matches à élimination directe dès le premier tour. Exit les poules ! On vous voit venir : oui, on parle bien évidemment des groupes. On est bien sur CR, mais plus en 2006.

Et comment diable fait-on pour se qualifier pour les huitièmes de finale de ce tableau à 16 escouades ? Oh c’est très simple : on se qualifie d’office si… ah ben non, personne ne se qualifie d’office, ce serait trop simple justement.

La compétition

Reprenons : la compétition est disputée par 44 équipes au total. Pour faire partie des (nombreuses) élues, il suffit d’avoir terminé à la troisième place d’un championnat classé entre les huitième et treizième places du classement UEFA (6 équipes), deuxième d’une ligue se trouvant parmi les places 18 et 24 du même classement UEFA (7 équipes dont Grasshopper). À ces 13 formations participant à un premier tour qualificatif à 24 équipes, s’ajoutent 11 écuries (vous avez aussi remarqué qu’on commence à avoir de la peine à trouver des synonymes ?) ayant terminé troisièmes de mini-tournois préliminaires tenant lieu de deuxième tour qualificatif pour la Women’s Champions League et reversés en Women’s Europa Cup.

Le premier tour qualificatif 2025/2026 selon Wikipédia, avec notamment un match qui allait forcément attirer des hordes de fans au Letzigrund. Et faire couler beaucoup d’encre (elle est technique celle-là).

Les 12 vainqueurs de ce premier tour sont ensuite rejoints par 11 deuxièmes des mini-tournois susmentionnés (dont les Young Boys Frauen) et 9 perdants du troisième tour qualificatif pour la WCL. Si on a bien compté on se retrouve donc à 32 équipes participant à ce deuxième tour de qualification pour la WEC (on imagine que ce sera abrégé comme ça ?) auquel ne survivront que les 16 participantes au tableau final. S’il reste un lecteur qui n’a pas fait d’AVC à ce stade, on trouve que ça devrait lui donner le droit de participer au tournoi à titre personnel.

P.-S. La Russie est toujours punie. Israël étant 36e du classement UEFA et donc non éligible dans tous les cas, le double standard des instances européennes du ballon rond sera débattu à une date ultérieure.

L’ambiance

GC se distingue par sa deuxième place au classement des affluences des matches aller du premier tour qualificatif avec 702 âmes égarées dans les travées du Letzigrund, juste derrière le Loro Boriçi Stadium de Shkodër (780), mais loin devant le Youth Development Training Center de l’Inter (327). En ce qui concerne le retour, c’est Hibernian qui remporte la palme en entassant 1606 spectateurs à Easter Road. C’est les 1369 badauds assis dans les gradins de l’Athlone Town Stadium qui doivent être frustrés d’avoir été coiffés au poteau.

En ce qui concerne le deuxième et dernier tour qualificatif, les Sauterelles zurichoises ont réussi le petit exploit de réunir 2279 curieux au Letzigrund pour leur match aller face à l’Ajax un mercredi soir à 19h (trop tôt pour que votre serviteur parvienne à se joindre à la fête) et leurs collègues bernoises d’YB étaient soutenues par 1690 fans au Wankdorf contre les Bosniennes du SFK 2000. À titre de comparaison, la véritable institution qu’est l’Eintracht Francfort de Géraldine Reuteler, Nadine Riesen et Noemi Ivelj dans le foot féminin a convaincu 2153 supporters de faire le déplacement du Stadion am Brentanobad pour assister aux débats les opposant à Slovácko, un club… tchèque, comme son nom l’indique.

Les équipes qualifiées automatiquement

Les équipes ayant arraché leur sésame en passant par l’un des multiples chemins de traverse et autres passerelles et examens préalables

On notera que le PSV a sorti Minsk en un match sur terrain neutre (devant 25 personnes à Tirana si vous voulez tout savoir) et on ne comprend pas bien comment ça peut être réglementaire…

BK Häcken : Le Bollklubben Häcken Fotbollsförening est une des grosses cylindrées de cette nouvelle coupe. Ce club basé à Göteborg a fusionné avec la section masculine du même nom en 2021 après avoir porté divers noms (dont celui d’un cidre local) et couleurs depuis 1970. Pour simplifier, on les appellera les Getingarna (les guêpes en suédois, comme chacun sait). On notera la présence dans l’effectif des championnes de Suède 2020 des internationales de renom Jennifer Falk et Elin Rubensson. Tiens, parlons-en de ce titre de 2020 ! Outre les noms ronflants sur la pelouse (Stina Blackstenius, Filippa Angeldahl, Vilde Bøe Risa, etc.), notre regard est attiré par le banc, où officiait un certain… Mats Gren en tant que coach principal. Si vous avez plus de 35 ans, vous revoyez sûrement des images du plus grand GC masculin de l’histoire face à l’Ajax de Kluivert et Overmars ou aux Rangers de Gascoigne et Laudrup en Champions League. Un autre monde.

Sparta Prague : 21 titres de championnes de Tchéquie sur 32 (les 11 autres appartiennent au Slavia). Encore une ligue à suspense qu’il fait bon suivre tous les week-ends. On ne va pas vous parler beaucoup plus longtemps d’une équipe qui joue en grenat.

Inter Milan : Depuis sa création en 2018 et sa saison inaugurale en Serie B, l’Inter a fait beaucoup de chem… non, pas vraiment en fait. Bref, on a la flemme, on avait déjà présenté le club ici. On aura tout de même un œil particulier pour Tessa Wullaert et ses 93 buts en 146 sélections pour la Belgique et son ratio d’environ 0,5 but par match depuis son arrivée à Milan en 2024.

Ajax : De Godendochters (facile à traduire s’il vous reste un peu d’allemand et/ou d’anglais) et leurs 3 titres sont encore loin de rivaliser avec Twente (10 couronnes) au panthéon de la Vrouwen Eredivisie, et la fuite de leurs jeunes talents n’arrange rien. En effet, Romée Leuchter (24 ans, PSG), Victoria Pelova (26 ans, Arsenal) et Lily Yohannes (18 ans, OL Lyonnes) leur ont notamment glissé entre les doigts au cours des deux dernières années. Il leur reste bien la légendaire ex-capitaine de l’équipe nationale Sherida Spitse, ses 35 ans, ses 247 sélections et son titre à l’Euro 2017, mais celle qui vient d’annoncer sa retraite internationale ne représente pas exactement l’avenir. L’avenir c’est le tour principal de cette Women’s Europa Cup que les Amstellodamoises ont atteint à la faveur d’une victoire étriquée face à GC (0-0, 2-1), ce qui est en toute objectivité fort regrettable.

Sporting Clube de Portugal : Ce qui est pratique en foot féminin, c’est que tout va très vite. Le Sporting n’a pas eu d’équipe féminine pendant 21 ans, avant de réactiver ladite section en 2016 et d’immédiatement gagner le titre national et la Coupe la même saison. Les dauphines de Benfica sur les six dernières éditions du championnat portugais (Poulidor peut aller se rhabiller) et vainqueurs de la Supercoupe la saison dernière s’avancent dans ce nouveau tournoi avec les ambitions que lui permettent un contingent composé de… ah non, il n’y a quasi que des inconnues au bataillon en fait.

PSV Eindhoven : Un seul vrai trophée (la Coupe en 2021) et un presque-titre (celui de 2020, championnat annulé, aucun champion nommé alors que le PSV était en tête), voici le palmarès d’un club dont le contingent actuel nous semble pourtant plus prestigieux que celui de l’Ajax avec les internationales Riola Xhemaili (comment oublier ce Finlande-Suisse du 10 juillet dernier), Nicky Evrard, Sara Thrige, Renate Jansen ou encore Aniek Nouwen. On notera encore qu’un de leurs surnoms est les Lampen (apparemment les ampoules) donc on imagine qu’elles ne sont jamais à court d’idées dans l’adversité.

Eintracht Francfort : Place au cador de cette compétition, le favori numéro 1 et ses Suissesses mentionnées plus haut. L’organisation qu’on connaissait sous le nom de 1. FFC Francfort jusqu’en 2020 n’est plus tout à fait ce qu’elle était à sa grande époque (7 Bundesliga, 9 Coupes et 4 Champions League entre 1998 et 2015) et le Bayern est peu à peu en train de devenir le cannibale qu’on connaît dans le foot masculin, mais le Rekordmeister allemand – Francfort donc, pas (encore) le Bayern – peut toujours se targuer de compter des Laura Freigang, Nicole Anyomi, Amanda Ilestedt (une fois) et autre Hayley Raso dans ses rangs. Largement de quoi faire la différence dans l’antichambre de l’élite européenne. 

Fortuna Hjørring : Le tenant du titre et de la Coupe au pays ne débarque pas de nulle part cette année. En effet, les Danoises étaient déjà finalistes de ce qui ne s’appelait pas encore la Women’s Champions League en 2003, avec une lourde défaite à la clé face au Umeå IK de Marta. Un regret toutefois : que la milieu de terrain numéro 15 Rie Skotte ne se prénomme pas Bie. Tant pis pour les arbitres dont elle deviendrait immédiatement l’égérie le cas échéant. Elle réalise peut-être des blockbusters hollywoodiens à ses heures perdues cela dit.

Breiðablik : La nouvelle coqueluche de la Tuilière a donc son pendant féminin. Ladite coqueluche a même un nombre certain de cordes à son arc puisqu’il est possible de défendre les couleurs du club de Kópavogur en foot, mais aussi en basket, échecs, cyclisme, e-sport, haltérophilie, course à pied (sur de courtes distances, on est en Islande, si on va trop loin ça devient du triathlon), ski, natation, taekwondo, athlétisme et… ah ben tiens, oui, triathlon. Bon, mais « Breiðablik », ça veut dire quoi ?

C’est très clair, merci Wiki !

On notera encore que les doubles championnes d’Islande en titre et 20 fois couronnées au total ne perdraient certainement pas 3-0 contre le LS féminin (1ère ligue) et qu’un subtil indice dans leur nom de famille nous a permis d’identifier les trois joueuses étrangères de l’équipe.

Nordsjælland : Littéralement la Zélande du Nord. Nous, on a décidé de mettre une pièce sur celles dont le stade s’appelle le Right to Dream Park (ben oui, pourquoi on n’aurait pas le droit ?). Sinon, il y a fort à parier que l’entraîneur adverse hurle souvent “Attention à la Mott !” lorsque ses joueuses tentent de passer la milieu de terrain numéro 36 prénommée Alberte.

Anderlecht : Cette nouvelle compétition a quelques relents des années 80-90 en foot masculin quand on lit le nom des participants. Le saviez vous ? Les clubs belges et les clubs néerlandais précités jouaient dans la même ligue jusqu’en 2015, année de la faillite de la BeNe League. Sinon, en Super League Vrouwenvoetbal, c’est 7 titres sur les 8 dernières années (on ne sait pas ce qui a bien pu se passer en 2024/2025 pour les faire tomber comme ça à la deuxième place) pour le Royal Sporting Club du coin. Attention à ne pas confondre l’internationale belge Laura Deloose avec sa cousine éloignée la Fédération Française de la Lose.

Young Boys : Est-ce qu’on doit vraiment aller plus loin que leur nom hilarant, Young Boys Frauen ? Ah merde, on doit. Celles qui ont mis fin à l’hégémonie du FC Zurich (surtout) et de Servette (un peu) en championnat la saison dernière en battant GC en finale des playoffs pour remporter leur premier titre depuis 2011 (sous le nom de FC Berne à l’époque) seront nos seules représentantes en Europe cet hiver. Malheureusement pour elles, les départs d’Iman Beney (Manchester City) et Naomi Luyet (Hoffenheim) l’été dernier ont passablement changé le visage de l’équipe qui avait arraché le titre national de haute lutte.

Glasgow City : Bizarre de parler du club le plus titré d’Ecosse (16 titres dont 14 de suite depuis la création de la ligue en 2002 et 9 Coupes) sans que ce soit le Celtic ou les Rangers. Le championnat local a d’ailleurs l’air presque aussi intéressant que la Arkema Première Ligue puisque City n’a perdu que 3 matches entre 2009 et 2018. La ligue anglaise a par ailleurs refusé leur adhésion en 2013, ce qui aurait pourtant mis un peu de piment dans le Haggis quotidien des Glaswegians. Allez, une stat’ pour vous placer le niveau de l’Écosse à l’échelle continentale : plus grosse victoire du club: 29-0 contre Kilmarnock en 2010. Plus lourde défaite : 0-10 face au Turbine Potsdam un an plus tard.

Austria Vienne : Quand on est basé dans un district viennois répondant au doux nom de Favoriten, on gagne. Quand une de ses joueuses se nomme Modesta Uka, on sait garder les pieds sur terre malgré les victoires (on allait faire une vanne sur le thème des cassettes VHS au moyen de la gardienne Jasmin Pal, mais on s’est souvenu qu’on était en 2025). Bon, tout cela tombe très bien puisque l’Austria n’a jamais remporté de titre, en tout cas pas sous son appellation actuelle. Les titres, ils sont réservé au SKN St. Pölten depuis 2015, et si vous êtes un de nos 4 lecteurs assidus, vous savez déjà que ce n’est pas une très bonne nouvelle en ce qui concerne le niveau des autres escouades autrichiennes (on en reparle très très vite, en fait juste en-dessous).

Mura : Pas grand chose à vous dire sur celles qui écrasent le championnat de Slovénie depuis plus d’une décennie pour ensuite se faire éparpiller en Europe. Prendre un 0-8 en deux matches la saison dernière face au SKN St. Pölten qu’on a récemment vu transformer le Groupama Stadium en dépôt des bus (tous opportunément parqués devant sa cage), ce n’est effectivement pas très glorieux.

P.S. Si elles gagnent, on pourra dire « Mura, y’a quine » ?

Hammarby : On ne sait pas si les Suédoises iront loin dans le tournoi, mais on sait déjà que leurs supporters vont faire du bruit. On se souvient d’un duel vu à la TV contre Manchester City en 2024 en Champions League au cours duquel on ne s’entendait pas penser et on lit à l’instant que plus de 7000 fans s’étaient déplacés à Norrköping pour assister au titre national de leur équipe en 2023, le deuxième de leur histoire après 1985. 18’537 spectateurs étaient par ailleurs présents à la Tele2 Arena contre l’AIK le 10 octobre 2021. Si cela ne suffisait pas à faire du HIF notre club de cœur en Women’s Europa Cup, on pourrait également rappeler que le grand espoir suédois Smilla Holmberg (19 ans) y évolue actuellement, que Pia Sundhage y a joué en 1986 et entre 1990 et 1996 (entraîneure-joueuse entre 1992 et 1994) et que Smilla Vallotto vient de le quitter pour Wolfsburg après avoir passé deux saisons à Stockholm (oui, c’est là Hammarby). Comme quoi le syndrome se soigne bien.

Le tirage des huitièmes de finale

Huit équipes têtes de série face à huit formations non têtes de série, le tout basé sur les coefficients UEFA. Simple comme bonjour (pour de vrai cette fois). Les matches aller (ou premières jambes en québécois) auront lieu les 11 et 12 novembre et les matches retour ou deuxièmes jambes huit jours plus tard.

On attire votre attention sur le « derby » Glasgow-Sporting (qui joue dans les mêmes couleurs que le Celtic, ça devrait suffire pour l’appellation). 

A propos Raphaël Iberg 260 Articles
"Chaque matin on prend la plume parce que l'on ne peut plus faire autrement sous peine de malaise, d'inquiétude et de remords." Maurice Leblanc

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