La Finlande Rantala maison

Comme le foot féminin n’intéresse absolument personne (34’063 personnes au match d’ouverture à Bâle le 2 juillet, record battu 6 jours plus tard au même endroit avec 34’165 fans pour Allemagne-Danemark) et encore moins quand il s’agit de la Nati (14’000 joyeux drilles dans le cortège bernois de supporters le 6 juillet avant Suisse-Islande), voire même d’équipes encore moins cotées (plus de 7000 curieux ont inexplicablement trouvé leur chemin jusqu’à Tourbillon à chaque rencontre), c’est la ville la moins encline à envoyer ses habitants au stade de la galaxie, Genève, qui a été choisie pour accueillir Sydney Schertenleib & Cie en ce jeudi de match pour l’Histoire, la grande, la belle, la vraie. Un peu dommage qu’il s’agisse aussi de la cité dont l’enceinte n’avait aucune chance d’être plus qu’à moitié pleine pendant cet Euro (22’713 badauds le 7 juillet pour Portugal-Italie sur environ 26’000 sièges disponibles, c’est bien la moitié, non ?). Bref, c’était guichets fermés et, comme dirait Smilla Vallotto, « on s’en bat les couilles parce qu’on a gagné ! »

Le match en deux mots

Sayonne ? Siiiionne ?

C’est le débat qui fait rage sur le podcast du Guardian consacré au foot féminin depuis une semaine. Comment prononce-t-on la ville de Sion ? Par chance pour les suiveurs anglophones de la Nati, le match qui nous occupe ne se déroulait pas en Valais, mais en un lieu qui a eu droit à sa traduction anglaise. Chris McSorley n’aurait d’ailleurs jamais accepté de signer à Jean-Eve à l’époque sinon. Et on lui a probablement dit que Sierre en anglais, c’était Saïders.

Au fait, habituez-vous, la nouvelle recrue de Manchester City se nomme Iman « Benny ».

La joueuse qui a touché au mythique St-Gall

Géraldine « Sean Paul » Reuteler, élue joueuse du match pour la troisième fois en trois rencontres. On a attendu la 92e minute, mais bon Dieu on les a eus ces avant-dernier et dernier gestes bien exécutés ! Quelle peine à centrer correctement (pas au troisième poteau) ou à tirer un corner sans tenter une sorte de set play en deux temps pas du tout maîtrisés ! Fort heureusement, quand il s’agit de mettre le feu, Géri can, and she did it ! Centre-tir tendu (mais oui !!) dans les seize mètres, magnifique déviation de Riola Xhemaili que n’aurait pas reniée Joe Pavelski dans un autre sport et la qualification était dans la poche. Même la petite Siren (qui ne s’en laisse d’ordinaire pas conter) a coulé à pic cette fois.

Reuteler tente de se faire oublier sur l’aile, mais nous on s’en souviendra.

La buse alpine du match

Viola Calligaris. Mais elle a déjà sa rubrique plus bas.

Alors Pia Sundhage, pour avoir tenté comme dernier coup de poker (!) de faire entrer Alisha Lehmann en lieu et place d’Iman Beney (pardon ?). Heureusement que le résultat final ne nous force pas à disserter sur le sujet.

Et pourtant le cas de l’instagrammeuse bernoise avait été (incroyablement maladroitement) défendu par La Liberté le jour-même. En même temps quand ton argumentation commence par un truc que tu as entendu lors d’une conversation à un giron à Broc et que ton papier sur Lehmann fait partie de la rubrique « contre-pied » (oui, personne, absolument personne n’avait eu l’idée d’écrire sur Alisha jusqu’à maintenant)…

Le tournant Tourbillon du match

Le moment où on a choisi, au mépris de notre convalescence suite à quelques ennuis intestinaux récents, de commander un schublig-frites à la buvette (parce qu’on avait vraiment trop faim après deux jours de riz-bouillon-yoghurt nature-banane). Quelle erreur funeste. Surtout quand les toilettes « mixtes » du stade ne comportent que 3 cabines pour une bonne douzaine de pissoirs. Un moyen comme un autre de montrer aux femmes (et aux débiles comme le soussigné) qu’elles et ils ne sont pas les bienvenu(e)s au foot.

En direct du couloir de la mort.

Bref, on pensait avoir fait le plus dur (façon de parler) après les arrêts de jeu, mais on avoue que rien n’aurait pu nous préparer à la mise hors-service des toilettes du Lancy Pont Rouge – Renens de 23h47. Les 54 minutes (+4 minutes de retard) les plus longues de notre vie lors desquelles les passagers les plus chanceux ont pu voir notre visage prendre toutes les couleurs du drapeau de la Finlande tour à tour (OK, il n’y en a que deux, mais elles sont sympa).

La phrase « on a souffert avec l’équipe de Suisse » n’est plus un vain mot.

L’action qui a Berné toute une défense 

On aimerait glisser un mot ici pour la fabuleuse Leila Wandeler, 19 ans et assez d’insouciance pour faire chavirer tout un pays (on a assez de lacs pour ça). Depuis son entrée à la mi-temps, la Fribourgeoise en a fait voir de toutes les couleurs (bon, surtout du rouge hein) à la défense finlandaise sur son aile droite avec ses accélérations dont peu de joueuses de notre Nati sont capables, à part peut-être Nadine Riesen, la grinta en plus, la technique en moins. Une de celles dont on se réjouit vraiment beaucoup de voir le niveau en 2027 au Brésil.

On n’a pas de bonne photo de Wandeler (elle est trop rapide) alors on vous met Sydney Schertenleib et Svenja Fölmli, OK ?

L’aVARie qui aurait pu nous faire toucher le fond (du lac)

Le penalty de Natalia Kuikka (au nom prédestiné qui veut dire « plongeon », même s’il s’agit de l’oiseau en l’occurrence) à la 79e minute, provoqué par une faute complètement stupide de Viola Calligaris sur Emma Koivisto. La numéro 18 helvétique avait également tenté un improbable ciseau en tout début de match seule dans les 5 mètres alors qu’un truc bien plus simple aurait probablement fait l’affaire pour la mettre au fond (OK, elle était 10 mètres hors-jeu, mais quand même). Cette fois ça fait 1-0 pour les visiteuses.

On vous avoue qu’à ce moment-là on était vraiment sûr d’avoir gagné (à contre-coeur) ce souper qu’on avait parié avec notre collègue Valentin Henin, par ailleurs auteur de ce merveilleux article musical, en cas de (non-)qualification de la Nati pour les quarts. On prendra un truc facile à digérer, promis.

En parlant de plongeon.

Le moment qui valait son pesant de Thun

115 CHF exactement. Comme le prix du maillot de la Finlande floqué #5 Koivisto qu’on portait lors du Norvège-Finlande de dimanche dernier à Tourbillon. Comme on était le seul non ressortissant de l’ex-grand duché à porter ce genre de tunique dans tout le pays ce jour-là, c’est tout naturellement qu’on s’est fait aborder par une sympathique supportrice nommée Kukka qui nous a gratifié d’un high five et a commencé à nous raconter sa vie en finnois dans le Zurich-Viège de 14h02.

*Si vous connaissez des Finlandais et leur caractère, vous pouvez apprécier à quel point ce moment est inhabituel, en tout cas quand ils sont sobres*

Jusqu’à ce qu’on lui dise que malheureusement on ne parlait pas cette langue (à vrai dire, comme on s’approchait dangereusement de Viège, on se serait d’abord demandé si ce n’était pas du haut-valaisan si le contexte n’avait pas aidé). La suite en anglais donc, pour apprendre que Kukka est estomaquée qu’on soit l’heureux possesseur du chandail de son pays alors qu’elle ne l’a même pas et surtout qu’elle officiait comme gardienne du FC Honka à Espoo dans les années 2010 et qu’elle a eu l’honneur de jouer avec Emma Koivisto dont le patronyme orne le dos de notre costume une pièce du jour. Comme quoi, collectionner les maillots de foot rapproche les peuples.

Restait encore à savoir si la police allait parvenir à contenir la fan walk finlandaise.

Le chiffre un peu dé-Biel (ou à deux Bâle)

Bon. On vous donne le chiffre de l’affluence ou pas ? Allez: 26’388 spectateurs. A Genève. « Be ready: women’s football is here to stay« , comme le disait si bien une pancarte au sein du cortège menant les fans de la Nati au stade.

Ça par contre, c’est un grand non.

L’anecdote qu’on aurait pu entendre sur la Bahnhofstrasse…

… si on avait été un peu plus (Zu)riche.

Les fans de foot féminin sont vachement moins cons que leurs collègues masculins. La preuve:

Donc on répète: commente « NATI ».

Bon. Tant pis pour le maillot hein.

Si le match avait été un fromage

Le leipäjuusto, fromage fabriqué à partir de colostrum (on vous laisse demander ce que c’est à votre IA favorite) de vache, se mange tiède avec de la confiture de mûres polaires et « couine sous la dent lorsqu’on le coupe », selon Wikipédia. Allez savoir pourquoi, en plus d’être populaire dans la région finlandaise d’Ostrobotnie, il se mange aussi dans le Wisconsin (ça doit être un truc d’ours). Bref, comme on sort d’une gastro estivale carabinée (on le saura !), on s’est dit qu’on allait choisir un truc qui avait l’air digeste pour accompagner notre riz et nos bouillons.

La minute Sandy Maendly 

Fred Scola: « On se disait pour rigoler que les Finlandais auraient pu faire une croix blanche dans le virage. » Oui, on avoue que cette bande verticale de fans manquait tout de même de créativité et de respect au drapeau local. Cela dit, quel public, ces Finlandais. Les « SUOMI » ont résonné jusqu’au bout (même s’ils ont été noyés par une formidable déflagration en fin de match) et personne n’a quitté les tribunes avant d’avoir longuement salué ses valeureuses joueuses. Hattu !

Contrairement aux idées reçues, les Finlandais sont parfois de joyeux drilles !

La rétrospective du prochain match se jouant à Lausanne (mais non, on déconne)  

Le quart de finale du 18 juillet prochain au Wankdorf (encore un lieu qui plaît beaucoup aux Anglais) face à l’Espagne ! Comme le tarif est de minimum 5 buts marqués par match contre des adversaires d’un niveau semblable à celui de la Suisse pour les championnes du monde, il n’y a absolument aucune raison de paniquer. Pour les dernières citées évidemment. Nous on est au fond de notre bunker en train de consulter notre manuel du parfait petit survivaliste.

Illustration de ce contraste émotionnel avec un montage absolument dégueulasse de deux images réalisé par l’IA par nos soins. 

Le pronostic d’avant-match selon l’indice ALISHA (A-Level Inclusive Soccer and Holistic Approach)

On n’avait aucun doute sur notre indice jusqu’au bout, évidemment.

A propos Raphaël Iberg 260 Articles
"Chaque matin on prend la plume parce que l'on ne peut plus faire autrement sous peine de malaise, d'inquiétude et de remords." Maurice Leblanc

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