Léonardo n’est pas un peintre

La rubrique hockey de votre site favori attendait l’occasion idéale pour enfin sortir de sa retraite cette saison. Le premier fou-rire de Geoff Ward ou le 20e but de Michael Hügli par exemple. Un retour triomphal de Heinz Ehlers à Malley avec un chassé-croisé à sept buts de part et d’autre à la clé aurait fait l’affaire aussi. Las, on vient de nous rappeler que la saison régulière ne compte que 52 matches et se termine en mars, alors à l’instar de Jacques Wullschleger, nous revoilà déjà même si personne n’avait rien demandé au fond. Contrairement à l’ancien journaliste (au XXe siècle) et son essai abscons dont le thème s’est finalement avéré être le foot féminin et dont le titre aurait pu être « Old Man Yells at Clouds », on vise la barre des 5% en termes de pertinence. Vous l’aurez compris: tout comme Andrew Cuomo, Don Quichotte ou encore le HC Ajoie et sa poursuite de la treizième place finale, les quêtes improbables ne nous effraient pas le moins du monde.

Le match en deux mots

Swiss League.

Les trois étoiles du match

⭐️⭐️⭐️ Klaus Zaugg, qui a trouvé cette semaine, avec un brin de mauvaise foi et un second degré teinté d’une délicieuse condescendance que la rédac’ de Carton-Rouge ne renierait pas, une justification à la présence du HCA dans l’élite du hockey suisse. Chapeau à lui ! Et le pire c’est qu’il faut bien avouer qu’ériger les Bruntrutains en rempart contre la relégation directe et au bout du compte en garantie de conserver une ligue officieusement fermée est la seule explication qui tienne la route en ce qui concerne le long calvaire des hommes de Greg Ireland en première division. Bonus: quand notre ami Klaus, grand fan de Langnau devant l’Eternel, assimile implicitement le CP Berne à « un club prétendument grand » et qualifie les playouts de « thérapie utile pour soigner [sa] mégalomanie », il se met la Suisse entière (moins sa capitale) dans la poche, y compris celle qui lit la version de son article traduite par DeepL .

⭐️⭐️ Joël Genazzi. Hein ? Oui oui, celui qui était à deux doigts de se faire lourder comme un malpropre par Petr Svoboda il y a 4 ans et de signer à Genève (of all places) avant de rempiler pour trois saisons à Malley à la surprise générale aura l’honneur de voir son maillot retiré le 23 janvier prochain en marge du duel face au Eh Ha Tsé Biou. Ça tombe bien, ce sera presque le jour anniversaire de l’indépendance vaudoise et l’ex-vassal vaudois jouera quasiment contre le CP Berne (à quelques kilomètres près, on va pas chipoter). Tout un symbole !

Il était effectivement temps d’essayer de distraire un peu les détenteurs de billets pour ce spectacle un peu douteux.

⭐️ Le duo Kelyan Barry-Léonardo Fuhrer. Le premier (20 ans, troisième match en National League) a eu le bonheur de se faire délicatement masser les omoplates par Kyen Sopa et ainsi d’offrir un power play à ses couleurs, supériorité numérique bien exploitée par le second (32 ans, premier but en National League) sur un assist pour le moins poussif de Damien Riat (37e minute, 1-1). Comme quoi quand le LHC du mois de novembre est un peu enroué et ne parvient pas vraiment à rugir, il Barry. Quant au fils de qui vous savez, débarqué de Sierre au patin levé pour pallier le véritable bottin téléphonique d’absences lausannoises, il pourra espérer que quelques-unes de ces indisponibilités durent un peu, histoire que le speaker se familiarise la moindre avec son blase. En effet, le public local et le principal intéressé (qui n’a joué que 560 secondes, mais presque un tiers de celles-ci en power play, une tactique presque aussi simple à décrypter qu’un mot de passe du service de sécurité du Louvre) ont tout de même été passablement empruntés lorsqu’un certain « Leandro » a été invité à retirer son prix de meilleur joueur du match. Sûrement encore un transfuge brésilien du mercato d’hiver.

Le tournant du match

Le moment, tôt mercredi matin, où on a appris que Valentin Pilet était en fait le roi des bons types (hors glace). Il était en effet temps que quelqu’un reprenne le flambeau de Tristan Scherwey en tant que poster boy de ce narratif dont les médias romands sont friands depuis des décennies. Ce qui est bien, c’est qu’absolument tous les dires du boucher de la Raiffeisen Arena confirment ce statut de gendre idéal. Lisez plutôt: le digne successeur de Tim Traber (🫶) explique qu’il regrette quand même d’avoir presque assassiné Denis Hollenstein il y a trois ans, mais comme il lui a directement envoyé un message d’excuses qui est resté – aussi renversant que cela puisse paraître – lettre morte, il a « la conscience tranquille ». Euh… hein ?

Finalement c’est à Hollenstein qu’on devrait jeter la pierre, il aurait pu faire l’effort de répondre après avoir récupéré l’usage de ses doigts trois semaines après les faits quand même. Quel goujat. Et puis bon, notre Yverdonnois un poil fougueux (mais seulement parce que c’est le rôle que le coach lui impose sous peine de ne pas jouer du tout) est en bons termes avec un autre adversaire estropié, Noah Rod. J’ai certes tué mon voisin du troisième, mais je fais des apéros très sympas avec ceux du rez, donc tout va bien en somme.

Bref, comme il était sur la glace, Pilet, on a vraiment essayé de regarder ce match en gardant à l’esprit que celui qui a marqué 10 buts en 8 saisons de ligue nationale (playoffs/playouts compris) est avant tout « un homme sociable qui aime le contact [certes hyper rapproché et lancé à pleine vitesse en direction de l’os occipital] avec les gens ». Séparer l’homme de l’artiste, c’est notre credo à CR.

Au fait, l’inaction totale du corps arbitral envers Jeremy Wick pour ses deux caresses affectueuses dans la direction générale de la nuque de Floran Douay (31e) et Fabian Heldner (50e), c’est aussi parce qu’il est quand même chic quand il est habillé en civil ?

Le slapshot en pleine lucarne du match

Celui d’Erik Brännström, qui d’autre ? Son proverbial PLOMB de la ligne bleue en prolongation (3-2, 63e) aura sauvé son équipe de l’ignominie d’une défaite face à la lanterne rouge très foncé de ce championnat, mais pas grand chose de plus. Au vu du niveau global et du scénario, on aura au moins pu savourer la nostalgie d’un bon vieux derby de LNB contre le HC Desmarais-Roy-Barras. Ce d’autant plus qu’on était bercé par l’une des voix de ces années de purgatoire en ce qui nous concerne, le légendaire Yves Hennard, qui commentait en direct pour Global Sport à notre droite. Le maire de Champignac dirait qu’il s’agit d’une voix qui n’a pas pris une ride en à peu près vingt ans. Le fameux « KELLYYYYYYYYYYYYY !!! » (sacré Brent) véhiculé par les ondes radiophoniques en provenance du Kleinholz aux environs de 2012 qui nous glaçait le sang a simplement été remplacé par un « HONKAAAAAAAAAAAA !!! » qui n’est pas loin d’avoir le même effet plus d’une décennie après.

Bref, Ajoie aurait pu gagner, mais Berthoud à la fin. Robin était portant sorti du bois pour le seul but à égalité numérique de la partie (2-2, 42e).

Le vieux rotoillon en cloche du match

Il provient de la crosse inutilisée de Julien Staudenmann, qui a non seulement choisi de ne plus porter le 54 (c’est pénal ce genre de truc, non ?), mais également décidé de se cantonner à ses tâches d’arbitrage, et ce même après avoir pris connaissance de la liste des absents vaudois dont la lecture n’est pas loin de nous avoir pris autant de temps que celle des trois volumes du Comte de Monte-Cristo (et cet article). Bon, peut-être pas, mais au moins aussi longtemps que le séjour à l’ombre de son lecteur le plus fervent.

Staudi est hors-champ sur le 0-1 de Frédérik Gauthier (4e), mais comme il vous a déjà fait rêver, vous pouvez aussi l’imaginer.

Le chiffre à la con féminin

Ouais, on parle plus trop du match pendant un moment, ça vous dérange pas ou bien ?

5.

Comme la place au classement de SWHL B de la première garniture du LHC féminin, qui connaît un début de championnat un peu poussif avec 3 défaites en 6 matches. Oui, à CR on voit toujours le verre à moitié plein, c’est un véritable art de vivre.

On se souvient du Gala des Lionnes de l’année dernière, lors duquel le directoire des collègues masculins avait promis un soutien de plus grande ampleur en cas de promotion à l’échelon supérieur (la quadrature du cercle vicieux, ça vous parle ?). Comme ce soutien décuplé n’a pas l’air près d’arriver, on continue de vendre des plaques de chocolat, des fondues et du pinard et de récupérer un tas de gobelets consignés une fois par saison pour essayer de récolter quelques sous du côté du mouvement féminin et de ses quatre équipes.

Allez, il y a quand même un début d’évolution positive cette saison: il paraît que l’équipe corpo’ masculine du LUC HC, actuelle lanterne rouge de la ligue lausannoise juste derrière le HC Houblon*, a dû céder ses casiers de la Vaudoise aux joueuses de la première équipe (qui partageaient apparemment un local avec les trois autres escouades féminines jusqu’à maintenant, mais c’est un détail voyons).

*En vrai, probablement pas, mais le site de la ligue n’a pas l’air très régulièrement mis à jour.

Si la bête noire des Lausannoises pouvait rester éliminée de la course aux playoffs encore 14 matches, on prendrait.

Le chiffre à la con masculin

4.

Comme le nombre de matches joués par Antoine Keller avec les South Carolina Stingrays (ECHL), après y avoir été relégué avant le début de la saison par les Hershey Bears (AHL) et avant son retour en Suisse cette semaine, sous les couleurs du… HC Ajoie.

Mais aussi comme le rang potentiel dans la hiérarchie des gardiens jurassiens de l’ex-dernier rempart (utilisé en dernier recours) du LHC. Si Benjamin Conz et Damiano Ciaccio étaient surnuméraires hier soir, on risque quand même de continuer à faire jouer la Patenaude euh la main chaude du côté ajoulot, puisque Noah a rendu une copie immaculée de 92,68% d’arrêts.

L’anecdote

Alors qu’on s’était habitué (à contre-coeur) aux transferts signés plus d’un an à l’avance et en général pour les sept prochaines années au minimum si vous êtes fribourgeois ou davosien de retour au bercail (seulement trois si vous êtes Raphael Prassl et avez décidé de vous crasher à Kloten), le HC Ajoie a décidé de défrayer la chronique pour distraire les médias de ses résultats sportifs et son silenzio stampa quelques instants. En effet, Cole Cormier, sous contrat avec le HC Lugano et engagé avec le HC Sierre en licence B, n’aura pas patiné dans les traces de son père Derek (11 saisons en Valais, dont 7 en tant que capitaine et la bagatelle de 743 points) très longtemps. Le moins folklorique (de peu) des deux clubs tessinois a trouvé un accord avec la Vouivre jurassienne pour reprendre le contrat du natif de Düsseldorf, originaire du New Brunswick et possesseur d’une licence suisse jusqu’en 2027, et ce avec effet immédiat. Au vu des statistiques de Cormier Jr pour l’instant (15 matches de National League en 2025/2026, 0 point, 2 minutes 11 de temps de glace hier soir), pas sûr que ce soit l’affaire du siècle. Mais comme il a déjà connu trois clubs en trois mois, on se dit que si d’aventure Julien Vauclair veut s’en débarrasser, il ne jouera pas les pots de Cole.

Et sinon dans les tribunes ?

Dominik Kahun s’y trouvait (on imagine). La faute à qui ou à quoi ? Comme chaque année, à une énième série de rencontres internationales excessivement amicales et surtout au moins aussi utiles à l’avancée du schmilblick qu’un duel Sabalenka-Kyrgios à Dubaï. En l’occurrence, c’est à la Karjala Cup que le numéro 24 des Lions s’est fracturé le poignet sous les couleurs de la sélection allemande. Additionné à la blessure longue durée d’Antti Suomela, voilà qui doit presque donner envie aux dirigeants vaudois de tenter de trouver une solution pour scolariser les filles de Linus Omark en Suisse. On remercie en tout cas chaudement Théo Rochette d’avoir eu le bon goût de se blesser (très légèrement) avant le voyage de la Nati en Finlande et d’ainsi avoir évité d’ajouter son nom à la liste – presque aussi longue que la carrière politique de Nancy Pelosi, on le rappelle – des absents de longue durée. OK, il est sur celle de ceux de courte durée, mais on prend quand même, non ?

Toute la Vaudoise aréna est occupée par les locaux. Toute ? Non !

Du côté du soupirail réservé aux fans jurassiens en déplacement, l’histoire ne dit pas si la poignée de courageux supporters avait opté pour un bus furtif après leur récente accolade avec de placides et pacifiques sympathisants fribourgeois. Ils nous ont en tout cas bien fait marrer dans les dernières minutes du temps réglementaire, quand ils ont lancé un somptueux « debout les tribunes » brièvement suivi par quelques compatriotes clandestinement installés en sièges ennemis.

La minute Jonas Junland

De nouveaux détails troublants qui témoignent du professionnalisme à toute épreuve de Swiss Hockey sont sortis le week-end dernier au sujet de Lian Bichsel et de sa tristement célèbre punition de longue haleine sous les drapeaux suite à un (de plus en plus) supposé écart de conduite en 2022. Le timing de cette fuite est en tout cas digne de celui qu’avait encore notre ami Jonas, Saint Patron de cette rubrique, en 2018. En effet, à exactement trois mois des Jeux, il doit encore y avoir un moyen de trouver un accord à l’amiable entre le colosse du 2500 Victory Avenue et son sélectionneur dont le job (n’)est (pas vraiment) remis en question à peu près tous les deux ans. Dans tous les cas, que le numéro 6 des Dallas Stars se rassure: il n’y aura peut-être de JO pour personne puisque pour l’instant il n’y a même pas de patinoire.

Pardon ? Ah il est aussi suspendu pour le Championnat du Monde qui aura lieu à domicile en mai prochain ? Mais ça intéresse vraiment quelqu’un ce truc amical annuel qui n’attire que des équipes B (si tout va bien) et pour lequel on nous propose des billets à des prix aussi délirants que le contenu d’un dialogue entre Piers Morgan et Cristiano Ronaldo ?

Bon, et rassurez-vous: de toute façon aucun joueur des Stars ne sera libre en période de Finales de Conférences en NHL. Ce n’est pas Jakub Dobeš qui dira le contraire.

La rétrospective du prochain match

Après deux déplacements à Zurich et Fribourg, les Lions seront de retour à la Vaudoise le 22 novembre pour ce qui était l’affrontement le plus attendu par notre département des calembours foireux et autres jeux de mots à la con au début de la saison. Comme on ne pourra finalement pas assister à ce fameux duel face à Zoug, on aimerait beaucoup que quelqu’un titre « Tatar n’est pas encore cuit » à notre place. Merci d’avance.

A propos Raphaël Iberg 260 Articles
"Chaque matin on prend la plume parce que l'on ne peut plus faire autrement sous peine de malaise, d'inquiétude et de remords." Maurice Leblanc

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