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Clubbing : Wisla Cracovie

Ce mois-ci, on t’emmène dans un pays qui ne fait pas rêver grand monde. Qui plus est, depuis bientôt une année et une certaine séance de tirs au but, il ne figure pas en tête de liste des pays préférés des Suisses férus de football, dont notre chef Martin est un bon exemple. Je parle bien entendu de la Pologne, ce grand pays d’Europe de l’Est réputé pour son froid et sa grisaille. Le seul pays au monde qui ait été dirigé par des jumeaux. C’est donc un des plus célèbres clubs polonais qui passe à la moulinette ce mois-ci : le Wisla Cracovie ou Wisła Kraków en VO.

L’histoire complètement bidon du club :

Comme tous les clubs polonais le Wisła Kraków a été fondé par une horde de plombiers mangeurs de betteraves et de choux qui buvaient énormément de vodka à l’herbe de bison. Cette fondation date de 1906 et c’était bien avant qu’ils ne viennent tous envahir nos salles de bains.  D’ailleurs, Wisła veut bien dire plombier en polonais enfin plus précisément clé à molette. Si la rivière passant à proximité de la ville de Cracovie porte ce nom, c’est bien parce qu’on y trouve en son fond plein d’instruments de plomberie, dont des clés à molette. Tu ne le savais pas ça hein ?

Un des éminents fondateurs du Wisla

Couleurs, symboles et surnoms à la con :

Ce qui est très chouette avec les couleurs du Wisła Kraków, c’est qu’il est possible de faire un copier-coller des articles précédents. Les couleurs sont donc le rouge et le blanc. Pour être plus précis le rouge, le blanc et le bleu mais ce dernier n’apparaît que sur le logo, le maillot extérieur et les drapeaux que l’on agite dans le stade. Ce qui fait que plein de drapeaux des Pays-Bas sont agités lors des matchs du Wisla. Le symbole du club est une étoile blanche, ce qui donne au club sans grande surprise le surnom d’étoile blanche (Biała Gwazda), d’ailleurs celle-ci est brodée sur le maillot comme unique logo. Un peu étrange. Enfin l’autre symbole du Wisla, mais là c’est plus marketing pour attirer les petits enfants, c’est une mascotte de dragon fort sympathique inspirée directement de la légende du dragon de Wawel, le mythe fondateur de la ville de Cracovie.

Oranje Wisla Gottéron

Stade et supporters :

Il y a beaucoup à dire sur les supporters… mais tout d’abord l’arène du Wisla. Un complexe moderne et confortable qui a été rénové dernièrement, en vue de l’Euro 2012, pour lequel Cracovie n’a pourtant accueilli aucune rencontre. En effet, le stade du Wisla était uniquement réserviste. L’enceinte a pris le nom d’Henryk Reyman, ancienne gloire du club, et est située à l’ouest de la ville, non loin du centre-ville, mais surtout proche de l’antre du rival et ennemi juré, on va y revenir.

En ce qui concerne les supporters, on peut affirmer que les supporters du Wisla (mais plus généralement en Pologne) sont de gros malades. Chaque grand club y possède son ou ses groupes d’ultras et ils sont chauds bouillants. Il faut dire qu’avant l’Euro 2012, et avant que l’UEFA et les journalistes étrangers ne viennent mettre leur nez dans le football polonais, ce pays avait un sacré problème de hooligans. La situation s’est plutôt améliorée depuis que la fédération polonaise a pris quelques mesures, mais des incidents qui peuvent être violents surviennent toujours de temps à autre. La culture ultra qui frise souvent le hooliganisme en Pologne est très populaire et fait même l’objet de revues spécialisées et de chaînes sur un certain géant de la vidéo du net. On y décortique l’actu de la dernière journée de championnat, mais dans les tribunes uniquement. Pour en revenir plus précisément aux supporters du Wisla, ils ont la réputation d’avoir des sympathies d’extrême-droite, ce qui n’est pas totalement infondé. On a vu quelques saluts polonais (comme le Grütli mais avec deux doigts) se transformer en saluts fascistes dans les tribunes. C’est également compréhensible au vu de la position du club, on va y revenir. Enfin, l’accessoire essentiel du supporter polonais est son écharpe. Tout le monde en porte une (dans le stade pas ailleurs) et l’agite à certains moments précis. Autant dire qu’en tant qu’étranger tu te fais assez vite repérer.

Les grands rivaux du club :

Il n’y a pas photo, le grand rival du Wisła, c’est l’ennemi haï de la ville, le Cracovia. La confrontation entre les deux clubs s’appelle la guerre sainte et ça n’est pas pour rien. Au départ, le Cracovia a été fondé par l’importante communauté juive de la ville (avant que les nazis ne passent par-là) tandis que le Wisła était plutôt polonais. Bon ça c’est la théorie, parce que le pape Jean-Paul II était lui-même supporter du Cracovia et a priori il n’était pas juif. Autant dire que de nos jours cela ne veut une nouvelle fois plus dire grand chose. Ce qui est certain en revanche, c’est que les deux clubs se détestent (mais vraiment), au point que les supporters du Wisła se donnent volontiers l’étiquette d’antisémites juste pour s’opposer aux rivaux. Ces dernières années, il y a eu passablement de remous à Cracovie plus ou moins directement liés à cette rivalité. Il faut dire que les ultras des deux clubs ont par exemple refusé de signer le pacte de Poznan qui stipule que les « supporters » se battent sans armes en Pologne. En 2011, un des membres les plus influents des ultras du Cracovia a été attaqué et poignardé par 8 membres des ultras du Wisła qui croupissent désormais en prison pour meurtre. Cet assassinat serait également lié à des histoires de bandes mafieuses mais c’est suffisant pour que par exemple personne n’ose porter les couleurs d’un des deux clubs en ville. Sportivement, le Cracovia est de toute façon à la ramasse ces dernières années. La rivalité est également importante avec le Legia Varsovie avec qui le Wisła dispute le derby de Pologne (capitale économique et politique contre culturelle et historique). Après les supporters en Pologne c’est comme les compagnies aériennes, il y a grosso modo deux grandes alliances qui déterminent si tu peux blairer un autre club ou non.

Au moins ça a le mérite d’être clair !

Le ou les joueurs qui pourraient avoir leur statue à l’entrée du stade :

Un joueur ne possède pas sa statue, mais carrément le stade à son nom ainsi que la rue adjacente. Bon, vu que ça n’est qu’une rue piétonne ça ne compte pas vraiment. Henryk Reyman, un joueur du Wisla des années 20 et 30 qui a également combattu durant les différentes guerres qui ont émaillé l’histoire de la Pologne à cette période. Plus qu’un simple joueur de football. Après pour ceux qui s’attendaient à retrouver des légendes du football polonais c’est raté. Pas de Boniek ou de Lewandowski, les bons joueurs polonais ont vite fait de s’exiler à l’étranger. Non pas parce qu’il y fait froid et que ça ressemble à Echallens au mois de novembre, mais parce qu’on y gagne évidemment plus. Les récents joueurs phares du Wisla sont donc essentiellement des inconnus du grand public ou presque. Parmi ceux-ci on peut citer Maciej Zurawski, l’idole de Robin Chessex, qui a inscrit plus de 100 buts dans les années 2000 avec le Wisla. Enfin, à 38 ans, le capitaine actuel Arkadiusz Głowacki fait également office de légende du club. Ce défenseur au physique de camionneur compte plus de 300 matchs pour le club.

Le joueur qui a joué pour le club mais qui se ferait balancer des tomates à la gueule s’il osait revenir :

Jacek le sympathique Polonais que j’avais payé 500 złotys pour qu’il me rédige cette catégorie fissa s’est finalement évaporé dans la nature… Me voilà donc bien emprunté lorsqu’il s’agit d’évoquer le traître du Wisla. On imagine aisément qu’un hypothétique joueur qui serait passé du Wisla au Cracovia aurait été lynché par les fans, raison pour laquelle il n’existe pas. On l’a dit, le Wisla a une réputation de club antisémite avant tout pour des questions de rivalité historique. On aurait donc pu craindre le pire 2011 lorsque l’international israélien Maor Melikson a signé au club. En réalité, il n’en fut absolument rien, Moar a passé deux excellentes saisons à Cracovie et fut accueilli tout à fait normalement par les supporters avant d’être transféré à Valenciennes et ça c’est quand même salaud.

Le match d’anthologie du club dont on se souviendra dans 50 ans encore :

Te sortir une vieille finale de coupe polonaise contre le deuxième Wisła du pays, le Wisła Płock (à prononcer Pwotsk) ne servirait sans doute à rien. Même son de cloche lorsqu’il s’agit d’évoquer le dernier titre de champion de 2011. On a ainsi logiquement choisi un des exploits du Wisła en coupe d’Europe. A ce petit jeu, on a vite fait de tomber sur deux matchs mythiques de la saison 2002-2003 de coupe UEFA, où les Polonais ont mis deux taulées 4-1 à Parme et à Schalke. Le retour face à Parme fut notamment épique puisque les Cracoviens ont remonté deux buts de handicap dans les 20 dernières minutes avant d’assurer la qualification en prolongation. Ce jour-là Zurawski en plante deux et Marcin Kuzba est sur le terrain pour le plaisir des Lausannois. Le tout devant un public remonté à bloc. Demandez à Dino Baggio ce qu’il pense du public du Wisła lui qui s’était fait lancer un couteau dessus en plein match quelques années auparavant… Malgré ces victoires cinglantes contre deux anciens vainqueurs de la compétition, le Wisła sera sorti par la Lazio en huitièmes. Depuis les deux clubs entretiennent une amitié assez soutenue et les mauvaises langues diront que c’est parce que certains supporters ont les mêmes idées…

La Forêt magique des écharpes

Bon ok, et actuellement :

Le championnat polonais, l’Ekstraklasa, ne fait rêver personne. Pourtant une fois les préjugés dépassés, il faut bien avouer que ce championnat n’a pas vraiment à rougir devant les autres championnats européens moyens. La qualité n’est certes pas encore extraordinaire mais l’ambiance et la ferveur sont bien là. De plus, certains stades sont flambant neufs et une fois les problèmes de hooliganisme définitivement enterrés, il se pourrait bien que le championnat polonais redevienne un des championnats phares d’Europe orientale. Et franchement quel plaisir de voir de temps en temps des fumigènes en tribunes, il n’y a guère qu’en Suède et en Grèce qu’on voit cela en Europe à l’heure actuelle. Quant au Wisla, il demeure une des trois meilleures équipes du pays. Il est fort probable que d’ici quelques années on retrouve plus régulièrement ce club mythique en coupe d’Europe, ce qui mettrait un peu d’ambiance dans ces compétitions parfois un peu ternes.

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